Versos French Pierre de Ronsard Toute Royauté qui

French poem

Toute Royauté qui

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» TOute Royauté qui desdaigne » D’auoir la vertu pour compaigne, » Et la loger en sa maison, » Tousiours de l’heur outrecuidée » Court vague sans estre guidee » Du frein qui pend à la raison. O Roy par Destin ordonné Pour commander seul à la France, Dieu de sa grave t’a donné Ce double honneur dés ton enfance : Dieu seul (apres la longue horreur De Mars vomissant sa fureur, Et l’aspre venin de sa rage Sur ton pays noircy d’orage) Par l’effort d’vn bras souuerain A fait raualler la tempeste, Et ardre à l’entour de ta teste Vn air plus tranquille & serain. » Tousiours le bon esprit du sage » Accroist les vertus d’auantage » Que ieune il emprunta des Cieux. Ta Maiesté ieune & prudente Au double les siennes augmente D’vn artifice ingenieux : Außi mille felicitez Ont bien-heuré toute ta race. Et toy Roy de tant de Citez Qui se courbent deuant ta face, Dés long temps tu fus honoré Comme seul Prince décoré Des biens & des vertus ensemble Que le Destin en vn t’assemble. Mais ce bien qu’ores tu nous fais, Passe ton valeureux courage, Pour auoir faict reuerdir l’âge Où florissoit l’antique Paix. La Paix osta le debat Du Chaôs, quand la premiere Assoupit le lourd combat Qui aueugloit la lumiere. Elle seule osa tenter D’effondrer le ventre large Du grand Tout, pour enfanter L’obscur fardeau de sa charge : Puis desmembrant l’Vniuers En quatre quartiers diuers, Sa main artizane & sainte Les lia de cloux d’aimant, Tous les quatre s’entre-aimant D’vne paisible contrainte. Adonc mestant en ce grand Monde Sa douce force vagabonde, Les asseura d’vn doux repos : Elle fist bas tomber la Terre, Et tournoyer l’Eau qui la serre De ses bras vagues & dispos : Du Soleil allongea les yeux En forme de fleches volantes, Et d’ordre fist danser aux Cieux Le bal des estoiles roulantes : Elle courba le large tour De l’Air qui cerne tout autour Le rond du grand parc où sommes, Peuplant sa grande rondeur d’hommes D’vn mutuel accroissement : Car par tout où voloit la belle, Les Amours voloient auec elle, Chatouillans les cœurs doucement Lors pour sa iuste recompense Le sainct Monarque qui dispense Tout en tous (dont le graue front En se clinant pour faire sine, Croulle la terre & la racine Du firmament iusques au fond) A la Paix aßigna le lieu Du droict costé de sa puissance, Le gauche ordonna pour le Dieu Qui teta le sang dés enfance. De l’vne les Princes il oingt, De l’autre durement les poingt, Tous effroyez d’ouyr les armes Craquer sus le doz des gendarmes : De l’vne iadis honora Les bons Peres du premier âge, Et de l’autre il aigrit la rage Contre Ilion, que deuora Le feu Grec, quand mille naus, Ainçois mille estranges foudres Esclaterent mille maux Dessus les Troyennes poudres. Tandis que le feu tournoit Forcenant parmy la villa, Et que l’Argiue s’ornoit De la despouille seruile, Vne aspre fureur d’esprit : Et comme Phœbus l’affole Son corps tremblant ça & là Au petit Francus parla, Ignorant telle parole. Bien que le feu Gregeois nous arde, Tant soit violent, il n’a garde D’estoufer pourtant ton renom, Enfant dont la race fatale Dedans la terre Occidentale Fera re-germer nostre nom. Ia desia le Danube attend Ton camp dessus sa riue humide, Et ce grand marest qui s’estend Pres des léures de l’eau Pontides : C’est là c’est là c’est où tu dois Pour quelque temps donner tes lois : C’est où l’arrest des Dieux t’ottroye Fonder encore vne autre Troye, Resuscitant par ton moyen L’honneur des tiens & leur proësse, Ayant vangé dessus la Grece L’outrage fait au sang Troyen. Apres le cours de quelque année, L’ire de Cerés forcenée Pour deuot n’auoir satisfait A ses honneurs, toute mutine Te contraindra par la famine De quitter ton mur imparfait. Horriblant ton corps de la peau D’vn Tigre, desia ce me semble Ie te voy guider vn troupeau De vingt mille Troyens ensemble : Ie voy ce troupeau pelerin Desia bien loin outre le Rhin Enrichir Troye de loüanges Et du butin des Rois estranges, Ayant trompé mille peris, Ains que bastir aux bords de Seine Les murs d’vne ville hautaine Du nom de mon frere Pâris. Ia defia i’entens la vois De Seine qui te desire, Et la desfaite des Rois Esclaues de ton Empire : I’entens le bruit de Cheuaux Et le cliquetis des armes, Et toy noble de trauaux Commander à tes gendarmes. Ores tu ne puis sçavoir Comme enfant, ny conceuoir Ton heur que ie prophetise : Quand l’âge t’animera, Alors ton bras s’armera Pour acheuer l’entreprise. A-tant acheua la Prestresse Et folle du Dieu qui luy presse L’estomac chagrin & felon, En rechignant s’en est allée Nuds pieds & toute escheuelée Dessous l’image d’Apollon. Andromache qui remâcha Les mots de Cassandre esuolée, Son fils secrettement cacha Sous vne voûte reculée. Car Iunon qui ne vouloit plus Que le nom Troyen reuint fus, Ardoit d’en abbatre la race, Et Francus tuer sur la place, Sans Iupin qui l’enfant mua En vne semblance animée, Que Pyrrhe de sa main armée D’vne tour à terre rua. De faux sang la glace fut teinte : Ainsi la fraude de la feinte Le corps de Francion sauua. En Buthrote, viuant sa mere, Feignit le tombeau de son pere, Qu’entre les Grecs il esleua. Son cœur elle ouurit d’vn couteau, Ayant sceu la fausse merueille, Comme l’orage auoit sous l’eau Noyé son fils pres de Marseille. De pleurs la tombe il honora, Et de beaux jeux la decora, Par toustes esprouuant l’adresse De la Phyrgienne ieunesse : Puis faisant la vague escumer, Inuoquant Iunon & Neptune, Hazardeux chercha sa fortune Au gré des vents & de la mer. Muse, repren l’auiron, Et racle la prochaine onde Qui nous baigne à l’enuiron Sans estre ainsi vagabonde. » Tousiours vn propos desplaist » Aux oreilles attendantes, » Si plein, outre reigle, il est » De paroles abpndantes. » Celuy qui en peu de vers » Estraint vn suiet diuers, » Se met au chef la couronne : » De ceste fleur que voici, » Et de celle & celle außi » La mousche son miel façonne Diuersement. O Paix heureuse Tu es la garde vigoureuse Des peuples & de leurs Citez : Des royaumes les clefs tu portes, Tu ouures des villes les portes, Serenant leurs aduersitez. Bien qu’vn Prince voulust darder Les flots armez de son orage, Et tu le viennes regarder, Ton œil appaise son courage. L’effort de ta diuinité Commande à la neceßité Ployant sous ton obeyssance : Les hommes sentent ta puissance Allechez de ton doux repos : De l’air la vagabonde troupe T’obeyst, & celle qui coupe De l’eschine l’azur des flots. C’est toy qui dessus ton eschine Soustiens ferme ceste machine, Medecinant chaque Element Quand vne humeur par trop abonde, Pour ioindre les membres du monde D’vn contrepois egalement. Ie te saluë heureuse Paix, Ie te saluë & re-saluë : Toy seule Déesse tu fais Que la vie soit mieux voulue. Ainsi que les champs tapissez De pampre, ou d’espics herissez Desirent les filles nues Apres les chaleurs suruenues, Ainsi la France t’attendoit, Douce nourriciere des hommes, Douce rosee qui consommes La chaleur qui trop nous ardoit. Tu as esteint tout l’ennuy Des guerres iniureuses, Faisant flamber auiourd’huy Tes graces victorieuses. En lieu du fer outrageux, Des menaces & des flames, Tu nous ramenes les jeux, Le bal & l’amour des Dames, Trauaux mignars & plaisans A l’ardeur des ieunes ans. O grand Roy non-imitable, Tu nous aumosnes cecy, Ayant creu Montmorency, Et son conseil veritable. Qui seul mettant en euidence Les saints tresors de sa prudence, Ne s’est iamais accompaigné Du sot enfant d’Epimethée, Mais de celuy de Promethée Par longues ruses enseigné, Et certes vn tel seruiteur Merite que ta main royale R’encontre-balance vn grand heur A sa diligence loyale. Il me plaist or’de descocher Mes traits Thebains pour les lâcher, Montmorency, dedans ta gloire, Afin qui ie te face croire, Que la nourriture d’vn Roy De bien loin nos rimeurs surmonte, Lors que hardie elle raconte Vn vaillant-sage comme toy. » Nul n’est exempt de la Fortune : » Sa rouë chacun importune, » Tourmente peuples & Seigneurs. Œdipe sentit sa secousse, Et de quel tonnerre elle pousse Les grands Princes de leurs honneurs. Mais tout ainsi que les flambeaux Ou du Soleil ou d’vne estoile Tout soudain reluisent plus beaux Apres qu’ils ont brisé leur voile : Ainsi apres ton long seiour Tu nous esclaires d’vn beau iour, Ayant cognu par ta presence Combien nous nuisoit ton absence, Priuez de ton œil qui sçait voir Les pieds boiteux de la malice, Si pres œilladant la police, Que rien ne le peut deceuoir. » Et qu’est-ce que des mortels ? » Si au matin ils fleurissent, » Le soir ils ne sont plus tels, » Pareils aux champs qui fenissent. Nul iamais ne s’est vanté D’euiter la riue noire, Si la Muse n’a chanté Les Hynnes de sa memoire. C’est à toy Roy, d’honorer Les vers, & les decorer Des presens de ta hautesse : Soufle ma Nef, ie feray Le premier qui passeray Mes compagnons de vistesse. Plustost que les feux ne s’eslancent, Quand au Ciel les foudres nous tancent, Ie courray dire aux estrangers Combien l’effort de ta main dextre Maniant le fer, est adextre A briser l’horreur des dangers : Et de quel soin prudent & caut Ton peuple iustement tu guides, Appris au mestier comme il faut Luy lascher & serrer les brides. Ta vieille ieunesse, & tes ans En mille vertus reluisans M’inspirent vne voir hardie, Et me commandent que ie die Ce regne heureux & fortuné, Sous qui l’heureuse Destinee Auoit chanté dés mainte annee Qu’vn si grand Prince seroit né. Pour gouuerner comme vn bon pere La France qui en mieux prospere Par les effects de sa vertu » Rien icy bas ne s’accompare » A l’equité dont se repare » Vn Roy de prudence vestu : » Außi rien n’est tant vicieux » Qu’vn grand gouuerneur de Prouince » Quand il faut, d’autant que mille yeux » Auisent la faute d’vn Prince. Ne preste l’oreille aux menteurs, Et fuy de bien loin les flateurs, S’ils veulent oindre tes oreilles De fausses & vaines merueilles, Fardans sous vaine authorité Le vain abus de leurs vains songes, Subtils artizans de mensonges, Et bons pipeurs de verité. L’vn se ronge le cerueau L’autre mesdit & rapporte, S’il sent qu’vn esprit nouueau Nouuelles chansons apporte. Ce-pendant l’innocent faict Preuue de sa patience, Sçachant que Dieu tout parfait (Dieu la mesme sapience) Ne sçauroit iamais laisser L’orgueuil sans le rabaisser Pour hausser la chose basse. » Ostant l’honneur d’vn qui l’a » Il le donne à cestuy-là » Qui par raison se compasse. Il faut qu’en me parant i’euite L’escrime de leur langue viste A tirer l’estoc dangereux : Si est-ce que i’oy tousiours dire » Qu’vn homme engreßé de mesdire » Maigrist à la fin mal-heureux. Ils n’ont point le taper si beau, Que leur caquet te force à croire Qu’vn blanc habit orne vn corbeau, Ou bien que la neige soit noire : Ton iugement cognoist assez Les vers qui sont bien compassez, Et ceux qui trainent vne ennuie, Et ceux qui languissent sans vie, Enroüez, durs & mal-plaisans. » Par trait de temps les flateurs meurent : » Mais les beaux vers tousiours demeurent » Opiniastres sur les ans. Prince, ie t’enuoye ceste Ode, Trafiquant mes vers à la mode Que le marchant baille son bien, Troque pour troq’: toy qui es riche, Toy, Roy des biens, ne sois point chiche De changer ton present au mien. Ne te lasse point de donner, Et tu verras comme i’accorde L’honneur que ie promets sonner, Quand vn present dore ma corde. Presque le loz de tes ayeux Est preßé du temps enuieux, Pour n’auoir eu l’experience Des Muses, ne de leur science : Mais le rond du grand Vnivers Est plein de la gloire eternelle, Qui fait flamber ton pere en elle Pour auoir tant aimé les vers. Dieu vueille continuer Le sommet de ton Empire, Et iamais ne le muer Eschangeant son mieux au pire. Dieu vueille encor dessous toy Donter l’Espagne affoiblie Grauant bien-auant ta loy Dans le gras champ d’Italie. Auienne außi que ton fils Suruiuant ton iour prefis Borne aux Indes sa victoire, Riche de gain & d’honneur : Et que ie sois le sonneur De l’vne & de l’autre gloire.