French poem
Toy qui chantes l’honneur
TOy qui chantes l'honneur des Rois Polymnie ma douce Muse, Ce dernier labeur de mes dois Dessus ton Luth ne me refuse. I'ay souuenance que tes mains Ieune garson me couronnerent, Quand i'eu masché les Lauriers saints Que tes compagnes me donnerent. Mais or' par le commandement Du Roy, ta Lyre i'abandonne, Pour entonner plus hautement L'airain enroué de Bellonne. Toutefois ains que de tenter L'instrument de telle guerriere, Encourage moy de chanter Pour Adieu ceste Ode dernière: Et que i'aille en tes bois penser Aux honneurs du fils de mon maistre, Pour ses louanges commencer Dés le premier iour de son estre. La nuict que ce Prince nouueau De nos Dieux augmenta la trope, On vit autour de son berceau Se battre l’Afrique & l’Europe. L’Afrique auoit le poil retors A la Moresque crespelée, Les léures grosses aux deux bords, Les yeux noir, la face halée. Son habit sembloit s’allonger Depuis les Colonnes d’Espaigne Iusqu’au bord du fleuue estranger Qui de ses eaux l’Egypte baigne. En son habit estoient grauez Maint serpent, maint lion sauuage, Maint trac de sablons esleuez Autour de son bouillant riuage. L’Europe auoit les cheueux blonds, Son teint sembloit aux fleurs décloses, Les yeux verds, & deux vermeillons Courronnoient ses léures de Roses. Sur sa robe furent portrais Maints ports, maints fleues, maintes isles, Et de ses plis sourdoient espais Les murs d’vn milion de villes. De tels vestements triomphans Ces terres furent accoustrées La nuict qu’elles tiroient l’enfant Par force deuers leurs contrées. L’Europe le vouloit auoir, Disant qu’il estoit nay chez elle, Et que sien estoit par deuoir Comme à sa mere naturelle. L’Afrique en courroux respendoit Qu’il estoit sien par destinée, Et que ia du ciel l’attendoit Pour son Prince dés mainte année. Ainsi l’vne à soy l’attiroit Sur le berceau demy-couchée, Et l’autre apres le retiroit Contre sa compagne faschée. Mais la pauuvre Europe à la fin Baissant le front melancholique, Par force fist voye ay Destin Et quitta l'enfant à l'Afrique. L'Afrique adonc luy presenta Le laict de sa noire tetine, Et pleine d'Apollon, chanta Sur luy ceste chanson diuine: Enfant heureusement bien-né (Race du Iupiter de France) En qui tout le Ciel a donné Toutes vertus en abondance, Crois, crois, & d'vne maiesté Monstre toy le fils de ton pere, Et porte au front la chasteté Qui reluit au front de ta mere. Si tost que l'âge produisant Les fleurs de la ieunesse tendre, T'aura fait l'esprit suffisant Pour les douces lettres apprendre: Les trois Graces te meneront Au bal des Muses Pegasides, Et toute nuict t'abreuueront De leurs ondes Aganippides. Mais quand l'ardeur t'eschaufera Le sang bouillant dans les entrailles, Et que la gloire te fera Conceuoir le soin des batailles: Nul plus que toy sera sçauant A tourner les bandes en fuite, Et nul soldat courra deuant Les pas ailez de ta poursuite: Soit que de pres il voye au poing Ta large espée foudroyante, Ou soit qu'il aduise de loing Les plus de ta pique ondoyante: Soit qu'il se vante d'opposer Contre ta lance sa cuirasse, Ou soit qu'il se fie d'oser Attendre les coups de ta masse. Lors toy sus vn cheual monté Regissant son esprit farouche, Prou-fendras de chaque costé Le plus espais de l'escarmouche: Soit que tu le pousses au cours Laschant la resne vagabonde, Ou soit qu'en l'air de mille tours Tu le tournes à bride ronde. Ainsi porté par le milieu Des bandes d'horreur les plus pleines, Tu sembleras à quelque Dieu Qui prend soin des guerres humaines: Et mariant à tes beaux faits Fortune & Vertu ta compagne, Veinqueur en-ioncheras espais De corps morts toute la campagne. Comme on voit l'orgueil d'vn torrent Bouillonant d'vne trace neuue Parmy les plaines en courant Rauager tout cela qu'il treuue: Ainsi ta main renuersera Sur la terre de sang trempée, Tout l'effort qui s'opposera Deuant le fil de ton espée. Le faucheur à grand tour de bras Du matin iusqu'à la serée, De rang ne fait tomber à bas Tant d'herbes cheutes sur la prée: Ne le scieur ne va taillant Tant de moissons lors que nous sommes En Esté, que toy bataillant Tailleras de cheuaux & d'hommes. Accablez sous tes coups tranchans Par morceaux seront en carnage Ceux d'Erebe, & tous ceux des champs Des Nomades & de Carthage: Et ceux qui ne coupent le fruit Des vignes meures deuenues, Et qui iamais n'oyent le bruit Des bœufs qui trainent les charues: Et ceux qui gardent le verger Des Hesperides despouillées, Et ceux qui du sang estranger Habitent les riues souillées: Ceux qui tiennent le mont Atlas, Et ma plaine Maurusienne, Et mon lac qui nomma Pallas De son onde Tritonienne: Et ce peuple Thebain venu Aux Amycleannes Cyrenes, Et ceux où le belier cornu Prophetise sur mes arenes. Bref, tous mes habitans seront Veincus ou morts dessous ta destre, Et tremblans te confesseront A coups de masse pour leur maistre. Battvs, qui tant de mers passa Quand sa voix luy fut racoustrée, Ne me pleut tant lors qu'il laissa Pour moy sa natiue contrée: Ny Hannibal de qui la main Esbranlant ses haches guerrieres, En-ionchant du peuple Romain Tant de champs & tant de riuieres, Ne me fut point si cher que toy, (Bien qu'il fut mon fils de naissance) Que toy adopté pour mon Roy Du Ciel par fatale ordonnance. Ainsi disant, elle ferma La parole aux futures choses, Et d'vne main noire sema Sur le berceau dix mille Roses. Puis comme vne voix qui se pleint, Au soir dedans vn Antre ouye, Ou de nuict comme vn songe feint, Parmy l'air s'est esuanouye.