French poem
Chant funèbre
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Nous allons bientôt nous quitter, Noirs cachots, affreuse demeure ; Pour nous le temps va s’arrêter, Aujourd’hui même, dans une heure. Salut, brillante éternité ! De l’innocent, dernier refuge.
Dieu paternel, Dieu de bonté, Salut ! tu seras notre juge ! Amis ! chantons la liberté ! Répétons, en quittant la vie, Ce cri, des tyrans redouté : Vivre ou mourir pour la patrie !
Mais j’entends crier nos verroux, On pénètre dans notre abîme : Prêtres que nous demandez-vous ? Nous sommes étrangers au crime. Le juste voit, sans s’émouvoir, Sur sa tête éclater la foudre. Nous avons fait notre devoir : C’est nos juges qu’il faut absoudre. Amis, etc.
J’aperçois enfin le licteur ; Le char funèbre est à la porte ; Le peuple avide de fureur S’empresse à grossir notre escorte. Ô contraste ! il laisse mourir Ceux dont il va suivre l’exemple, Et notre vengeur à venir C’est celui-là qui nous contemple. Amis, etc.
Voici l’échafaud… Son horreur N’a rien dont notre âme s’étonne : L’innocence est ici sans peur,
Le crime tremble sur le trône. Adieu ! France que je chéris, Reine des arts et de la guerre, Ne nous plains pas ! Heureux le fils Qui peut expirer pour sa mère. Amis, chantons la liberté, Répétons, en quittant la vie, Ce cri, des tyrans redouté : Vivre ou mourir pour la patrie !