French poem
La Boiteuse
by Pierre-Jean de Béranger (1780–1857)
Qu’elle est gentille, la boiteuse Qui, marchant hier devant moi, Avec une grâce amoureuse Tortillait, vous savez bien quoi. Boiteuse gentille, J’y mettrai du mien ; Tortille, tortille, Tortille-toi bien.
Elle a la peau douce et tendue, Et déployant d’heureux contours, Sa croupe, agaçante et dodue, Semble faire signe aux amours. Boiteuse, etc.
L’abordant de façon adroite, Je lui dis ces mots si connus : « Ce n’est qu’avec femme qui boite Qu’on sent tout le prix de Vénus. » Boiteuse, etc.
Pour un tendron qui se trémousse, Maint objet que nous attaquons Veut que dix fois notre vin mousse Et n’ose agiter les flacons. Boiteuse, etc.
Comme elle est tendre et bonne fille, Je puis, au premier coup de main, Juger avec quelle béquille Elle a fait le plus de chemin. Boiteuse, etc.
De plaisir j’ai l’âme enivrée, Et je conclus, d’après mes goûts, Qu’autrefois dame Cythérée Boitait non moins que son époux. Boiteuse gentille, J’y mettrai du mien ; Tortille, tortille, Tortille-toi bien.