Versos French Rabindranath Tagore I

French poem

I

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Si j’avais vécu dans Ujjain, la ville royale, à l’époque où Kalidâsa fut poète du roi, j’aurais connu quelque fille de Malva et ma pensée se serait émue des musiques de son nom.

Elle m’eût, à travers l’ombre oblique de ses cils, effrontément regardé; elle eût prétexté d’accrocher son voile aux rameaux d’un jasmin pour s’attarder auprès de moi.

De telles choses advinrent en des jours passés dont l’empreinte disparaît sous les feuilles mortes, et les étudiants d’aujourd’hui se querellent sur des dates qui jouent à cache-cache.

Ces âges enfuis, je ne les pleurerai point; mais hélas! et encore hélas! que les filles de Malva s’en soient allées à leur suite... En quelles sphères divines ont-elles donc porté leurs corbeilles débordantes de roses?

Je m’attriste, ce matin, d’être né trop tard pour rencontrer celles que j’aurais dû connaître; et pourtant Avril porte les mêmes fleurs dont elles tressaient leurs cheveux.

La même brise du sud qui remuait leurs voiles balance les roses d’à présent, et nulle joie ne manque à ce printemps que Kalidâsa n’est plus là pour chanter.

Mais je sais bien que s’il me voit du Paradis des poètes il a des raisons d’être jaloux!