Versos French Raoul Ponchon Le Pantalon

French poem

Le Pantalon

by (1848–1937)

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Il était une fois, mesdames, Une cité selon mon cœur Où la loi voulait que les femmes Sans vêtement que leur pudeur

Déambulassent dans les rues. Et toutes indistinctement Pucelles, matrones et grues. Cela devait être charmant.

Or, un jour une demoiselle Contrevenant à cette loi Sortit avec une dentelle… Un chiffon… je ne sais plus quoi.

Vous voyez d’ici, par la ville Comment d’abord on l’accueillit, Toute une populace vile Hurla des à la chienlit.

Ce fut un raffut des cent diables Les plus lâches la saboulaient, Et les gamins impitoyables Et les chiens aussi s’en mêlaient.

La pauvrette devenait morte, Quand un citoyen plus humain L’adopta sienne en quelque sorte Imposant sur elle sa main ;

Mais il la conduisit d’emblée Sans prendre garde à ses beaux yeux Devant la terrible Assemblée Des Juges, de très vieux messieurs

Dont l’âme est sereine et candide Entre autres… Bérenger, Passy… Simon (dit Biscuit)… Monsieur Dide… Et puis le gros Sarcey aussi.

Quand devant cet aréopage Parut notre jeune beauté, Reine radieuse, pour page Ayant sa seule chasteté,

Et de l’air ambiant vêtue Uniquement, pour ces vieillards Elle ne fut qu’une statue Dont ils n’eussent donné deux liards.

On déposa sur une table Comme pièce à conviction Le linge… le chiffon coupable, L’objet d’abomination.

Après un long réquisitoire Maître Lagasse éloquemment Parla bien quatre heures sans boire, Et demanda l’acquittement,

Sans pénétrer dans l’atmosphère De ces messieurs ; quand brusquement Il entrevit la scène à faire ; Il la fit, et voici comment :

Il prit la coupable guenille À conviction : « Mets-moi ça » Dit-il à cette pauvre fille. Et la pauvre fille mit ça.

Ça, c’était un peu de dentelle Et de batiste, un souffle, un rien… « C’est un pantalon », disait-elle, Ah ! l’effet sûr, le voilà bien,

L’effet sûr ! Sitôt qu’ils la virent La mignonne en son pantalon Voici que les vieux tressaillirent Du cheveu jusques au talon,

Le gros surtout était en fête, Il en bavait, il en fumait ; Les yeux lui sortaient de la tête, Il poussait des cris, s’enrhumait.

Il disait : « Mais, elle est divine ! Voyez donc, on ne voit plus rien Et cependant tout se devine Dites ? N’est-ce pas que c’est bien ?

« Quant à moi, Dieu ! qu’elle m’excite ! Il faut nous dépêcher, messieurs, De déclarer le port licite De ce pantalon gracieux. »