Versos French Sainte-Beuve Aux étudiants de la Société de Zofinge

French poem

Aux étudiants de la Société de Zofinge

by (1804–1869)

Listen in the reader

Pour répondre à vos vers, à vos chants, mes Amis, Je voulais, plus rassis de ma prose, et remis, Attendre au moins les hirondelles ; Je voulais, mais voilà, de mon cœur excité, Que le chant imprévu de lui-même a chanté Et vers vous a trouvé des ailes.

Il a chanté, croyant dès l’hiver au printemps, Tant la neige à vos monts, à vos pics éclatants Rit en fraîcheurs souvent écloses ; Tant chaque beau couchant, renouvelant ses jeux, À tout ce blanc troupeau des hauts taureaux neigeux Va semant étoiles et roses !

Même aux plus sombres jours, et quand tout se confond, Quand le lac, les cieux noirs et les monts bleus nous font Leurs triples lignes plus serrées, Il est de prompts éclairs partis du divin seuil, Et pour l’esprit conforme à ce grand cadre en deuil Il est des heures éclairées.

Tout ce que d’ici l’œil embrasse et va saisir, Miroir du chaste rêve, horizon du désir, Autel à vos âmes sereines ; Là-bas aussi Montreux, si tiède aux plus souffrants, Et fidèle à son nom ce doux nid de Clarens, Où l’hiver même a ses haleines ;

Oui, tout !… j’en comprends tout, je les aime, ces lieux ; J’en recueille en mon cœur l’écho religieux S’animant à vos voix chéries, À vos mâles accords d’Helvétie et de ciel ! Car vous gardez en vous, fils de Tell, de Davel, Le culte uni des deux patries.

Oh ! gardez-le toujours, gardez vos unions ; Tenez l’œil au seul point où nous nous appuyons Si nous ne voulons que tout tombe. La mortelle patrie a besoin, pour durer, D’entrer par sa racine, et par son front d’entrer En celle que promet la tombe.

Fils au cœur chaste et fort, gardez tous vos saints nœuds, Ce culte du passé, fécond en jeunes vœux, Cet amour du lac qui modère, Cet amour des grands monts qui vous porte, au pied sûr, Dès le printemps léger, dans la nue et l’azur D’où vous chantez la belle terre.

Et si quelqu’un de vous, poëte au large espoir, Hardi, l’éclair au front, insoucieux de choir, S’il tombe, hélas ! au précipice, Gardez dans votre cœur, au chantre disparu. Plus sûr que l’autre marbre auquel on avait cru, Un tombeau qui veille et grandisse.

À ceux, aux nobles voix qu’encor vous possédez, À ceux dont vous chantez les chants émus, gardez Amour constant et sans disgrâce ; Toutes les piétés fidèles à mûrir ; Et même un souvenir, qui n’aille pas mourir, À celui qui s’asseoit et passe.