French poem
Ballaigues à Jougne, au retour
by Sainte-Beuve (1804–1869)
J’ai revu ces grands bois dans leur feuille nouvelle, J’ai monté le versant fraîchement tapissé. À ces fronts rajeunis chaque vert nuancé Peignait diversement la teinte universelle :
Près du fixe sapin à verdure éternelle Le peuplier mouvant, le tremble balancé, Et le frêne nerveux tout d’un jet élancé, De feuille tendre encor comme la fraxinelle.
Le mélèze lui-même, au fond du groupe noir, Avait changé de robe et de frange flottante ; Autant qu’un clair cytise il annonçait l’espoir. Ô mon Âme, disais-je, ayons fidèle attente ! Ainsi dans le fond sûr de l’amitié constante Ce qui passe et revient est plus tendre à revoir.