Versos French Sainte-Beuve Causerie au bal

French poem

Causerie au bal

by (1804–1869)

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Et je vous ai revue, et d’espérance avide J’ai rougi ; près de vous un fauteuil était vide ; Et votre œil sans courroux sur moi s’est reposé, Et je me suis assis, et nous avons causé : « — Que le bal est brillant, et qu’une beauté blonde, « Nonchalamment bercée au tournant d’une ronde, « Me plaît ! sa tête penche ; elle traîne ses pas. « — Vous, Madame, ce soir, vous ne dansez donc pas ? « — Oui, j’aime qu’en valsant une tête s’incline ; « J’aime sur un cou blanc la rouge cornaline, « Des boutons d’oranger dans des cheveux tout noirs, « Les airs napolitains qu’on danse ici, les soirs ; « Surtout j’aime ces deux dernières barcarolles ; « Hier on me les chantait, et j’en sais les paroles. « — Qu’un enfant de quatre ans, n’est-ce pas ? dans un bal « Est charmant, quand, tout fier, et d’un pas inégal, « Il suit une beauté qui par la main le guide, « Et qui le baise après, rayonnant et timide. « — Au milieu de ce bruit, comme votre enfant dort, « Madame ! ses cheveux sont, au soir, d’un blond d’or. « Il sourit ; en rêvant, lui passe une chimère ; « Il entr’ouvre un œil bleu : c’est bien l’œil de sa mère. » — Et mille autres propos. Mais qu’avez-vous déjà ? J’ai cru revoir l’air froid qui souvent m’affligea. Avons-nous donc fait mal ? d’une voix qui soupire Ai-je effrayé ce cœur, ou d’un trop long sourire ? Ai-je parlé trop bas ? ai-je d’un pied mutin Agacé sous la robe un soulier de satin ? Saisi trop vivement un éventail qui glisse ? Serré la main qui fuit, au bord de la pelisse ? Ai-je dit un seul mot de regrets et d’amours ?… Mais qu’au moins nous causions et longtemps et toujours !