French poem
Gethsémani
by Stanislas de Guaita (1861–1897)
Jésus pleure à genoux au Jardin des olives, Et se penche en un geste calme d’abandon, Pâle front, décoré de grâces maladives. — Comme la Magdeleine implorant son pardon, Il pleure à deux genoux, au Jardin des olives. Lui, le Prince du Ciel — triste jusqu’à la mort, Lève un regard chargé de douleur et de crainte Vers l’ange rayonnant qui tient la coupe d’or : L’ange est debout, la paix sur son visage empreinte… Le Dieu pleure humblement — triste jusqu’à la mort ! Et l’ange attend, muet comme un spectre de pierre. — « Ô Seigneur, éloignez ce calice de moi !… » Telle est, Jésus, ta défaillance et ta prière. Le ciel est calme, la nuit sombre, et le vent froid ; Et l’ange attend, muet comme un spectre de pierre. Ah ! qu’ils sont loin, les jours de pompeux hosanna, Quand, divin thaumaturge éblouissant de gloire, Tu changeais l'eau de source en vin pur, à Cana !… Car voici la liqueur amère : il faut la boire ; Ah ! qu’ils sont loin, les jours de pompeux hosanna ! Ton cœur saigne au poignard de l’angoisse future, Et tes larmes de feu brûlent la mousse en fleurs. — Tes disciples sont las, et, sur la terre dure Ils dorment leur sommeil, rêvant aux jours meilleurs, Ton cœur saigne au poignard de l’angoisse future. Disciples endormis ! Ciel sourd !… Rien ne répond. L’ange s’est envolé ; la coupe d’agonie Est bue, et la sueur sanglante est sur ton front. Serais-tu pas un dieu, Roi des Juifs ?… — Ironie ! Disciples endormis ! Ciel sourd !… Rien ne répond ! Si le Dieu meurt en toi ; s’il ne reste que l’homme Qui défaille, et se traîne, et se plaint au néant, De quel nom, cette nuit, vaux-tu que l’on te nomme ? — Oui, tu faiblis ; mais ta faiblesse est d’un géant, Et, si le Dieu n’est plus, il reste mieux qu’un homme : C’est à Gethsémani, pleurant comme un enfant, Que le poëte t’aime, ô Christ, et te révère. Où tu lui parais beau, sublime et triomphant, Ce n’est pas en martyr t’immolant au Calvaire ; C’est à Gethsémani, pleurant comme un enfant !