Versos French Stuart Merrill Impression

French poem

Impression

by (1863–1915)

Listen in the reader

C’est au bord d’une mer si douce que l’orange, Une fois mûre, tombe en ses flots violets Du haut de la falaise où chanta la vendange. Et ce matin c’est le printemps aux cris ailés Qui passe sur les champs, les jardins et la grève De la ville marine où s’alanguit mon rêve.

Les vieilles, à leur seuil, font bruire leurs fuseaux. Tout n’est qu’odeurs et sons. Roses de fleurs, les arbres Parfument la chanson naissante des oiseaux. On entend des jets d’eau tinter parmi les marbres. Parfois, laissant sur les lèvres un goût amer, Un vent déjà trop chaud s’élève de la mer.

À l’ombre, les bambins et les petites filles Ont des regards aigus sous leurs cheveux bouffants. Une femme drapée en son châle à résilles Crie à voix rauque et fait des signes aux enfants. Des linges blancs, des chiffons bleus, des loques vertes Papillotent partout aux fenêtres ouvertes.

Et je pense, couché parmi les tamarins, Que de toi, douce ville où j’aurais voulu naître Au chant lointain des vignerons et des marins, Je ne me souviendrai dans l’avenir, peut-être, Que du frémissement rouge d’un éventail Dans l’ombre violente et froide d’un portail.