French poem
La danse dans le cimetière
by Stuart Merrill (1863–1915)
Dansons au soleil, ô ma Joie, Sur les tombes de la Mort ! Ta bouche est la grenade en proie Aux désirs des abeilles d’or.
Avons-nous entendu les cloches, Ce matin, sonner le glas ? Tais-toi, car les heures sont proches Du bon amour dans tes bras las.
Et puis des chants, et puis la danse Sur les lilas entassés ! Il n’est de fleurs en abondance Qu’au doux jardin des trépassés.
Tes cheveux sont une auréole De feu roux contre l’azur. Ô la Mort, que vous êtes folle De vouloir ternir cet or pur !
La ronde en rage de la vie, Dansons-la et chantons-la Jusqu’à faire frémir, ravie, La poussière de tous ceux-là
Qui jadis aimèrent les roses, Les femmes et les enfants, Et toutes les lèvres écloses Et tous les baisers triomphants !
Pour mes chansons et pour ta danse Il ne faudra ni le cri Des pipeaux fous, ni la cadence Des lyres dans le bois fleuri,
Mais seulement tes pleurs, ô brise, Qui dans les cyprès t’endors, Et le silence sans surprise Du sommeil éternel des morts !