French poem
02 (’ai sur ma table une potiche…)
’ai sur ma table une potiche Chinoise, et du goût le plus fin, Qu’avec l’extase d’un fétiche Plus d’un contemplerait sans fin.
Le soleil chérit son front pâle Car dans son émail lactescent Toujours un rayon caressant Sertit quelque perle d’opale.
Sur ses flancs polis et bleutés Vient s’épanouir une flore, Belle d’inédites beautés Qu’un caprice étrange colore.
L’œil découvre parmi ces fleurs Qui carminent l’azur des grèves, Les monstres entrevus en rêves : Dragons hagards, sphynx persiffleurs,
Folles chimères, oiseaux gauches Et funambulesques magots, Assistant froids à ces débauches De cinabres et d’indigos.
Japon ! Terre-Promise rose ! Sonore du chant cristallin Des tourelles de kaolin Qu’un fleuve de féerie arrose !
Bercé par les senteurs du thé Dans l’oubli qui pleut de grands aunes, J’envie en ce nouveau Léthé La jonque des mandarins jaunes.
Oui, dans ce merveilleux séjour, Plaise au destin sourd que je vive Aux pieds d’une Chinoise olive, Grisé d’opium et d’amour !