Versos French Théodore Hannon 06 (I…)

French poem

06 (I…)

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I

popanax ! nom très bizarre, Et parfum plus bizarre encor ? Opopanax, le son du cor Est pâle auprès de ta fanfare !

Le bouquet des roses, fadeur ! Et fadeur l’haleine marine, Quand tu viens flatter ma narine, Berceuse étrange, ô forte odeur !

Dans tes syllabes violentes Fume l’on ne sait quel encens, Sa caresse évoque en nos sens La vision des nuits galantes :

Torses nus et cols en sueurs, Cheveux déchaînés et qu’embaume Ton abracadabrant arôme, Chairs de neige aux chaudes lueurs.

Bras près desquels le lis est jaune Et sans nerf l’anneau des serpents, S’enlacent en accords pimpants : Pleurs de vierge, rictus de faune !

L’ambre, le patchouli, le musc Ont près de ton haleine rouge Un terme relent dont la gouge Fait l’embaumement de son busc.

II

Tu viens du pays des potiches, Où d’étourdissants papillons Constellent les cieux vermillons, Ciels adorablement postiches !

Tu parfumes ces merveilleux Edens de faïence et de laque Où le bec des cigognes claque Sur des dômes verts, jaunes, bleus.

À ton sang impur, à ta larme La myrrhe chaste dit : Raca ! Opopanax pastinaca, Végétal au nom qui vacarme !

Par les blondes plaines de riz Ton souffle court, ton parfum rôde, Musquant les lacs mauves que brode La pourpre des pyrus fleuris.

La Chinoise aux lueurs des bronzes En allume ses ongles d’or Et sa gorge citrine où dort Le désir insensé des bonzes.

La Japonaise en ses rançons Se sert de tes âcres salives Pour pimenter ses chairs olives, Pour ensorceler ses suçons.

III

Ô Marion, toi Japonaise Par tes imperceptibles pieds, Ces parfums sont les familiers De ton corps en fleur que je baise.

Corps à l’art païen dérobé, Marbre en vie, écume de l’onde, Pulpe de fruit, piment, fleur blonde, Chair de femme et chair de bébé !

Depuis le crépelé havane De ta nuque, rais de soleil, Jusqu’aux neiges de ton orteil, Ce baume vainqueur se pavane.

Roulant au versant de tes seins, Il court le long de tes bras, flâne Par tes lèvres rouges, et plane Sur tes grands baisers assassins.

Il hante ce long peignoir rose, Ce peignoir d’un tissu vivant, Qu’embrasent mes baisers souvent Et que parfois mon pleur arrose.

Il niche ses esprits taquins Dans tes falbalas, ô maîtresse, Depuis le velours de ta tresse, Jusqu’aux nœuds de tes brodequins.

Il nage autour de ta peau nue Et semble l’encens de ta chair, Plein de trouble et qui charge l’air D’une somnolence inconnue.

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Et j’ignore en ces nuits de verve Lorsque me vient meurtrir ta dent, Si c’est ce poison impudent Ou ta salive, qui m’énerve.

Qu’importe ! si pour me griser Quand ton beau corps jonche ta couche, Tu me verses à ronde bouche L’Opopanax de ton baiser !