Versos French Théophile de Viau Au Roy

French poem

Au Roy

by (1590–1626)

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Cher object des yeux et des cœurs, Grandroy, dont les exploits vainqueurs N’ont rien que de doux et d’auguste, Usez moins de vostre amitié : Vous perdrez ce tiltre de Juste Si vous usez trop de pitié.

Quand un roy, par tant de projects, Voit dans l’ame de ses sujects Son authorité dissipée, Quoy que raisonne le conseil, Je pense que les coups d’espée Sont un salutaire appareil.

L’honneur d’un juste potentat Est de faire qu’en son estat La paix ay des racines fermes. Par là se doit-il maintenir Et demeurer tousjours aux termes De pardonner et de punir.

Contre ces esprits insensez, Qui se tiennent interessez En la calamité publique, Selon la loy que nous tenons, Il ne faut point qu’un roy s’explique Que par la bouche des canons.

Les forts bravent les impuissans, Les vaincus sont obeïssans, La justice estouffe la rage : Il les faut rompre sous le faix. Le tonnerre finit l’orage, Et la guerre apporte la paix.

Henry, destourne icy tes yeux, Et, regardant ces tristes lieux Consacrez à ta sepulture, Considere comme ton cœur Se lasche, et contre sa nature Reçoit un ennemy vainqueur.

Toutesfois, grand astre des roys, Celle qui te print autrefois Encore impunement te brave ; Ton cœur ne luy resiste pas, Et demeure tousjours esclave De ses victorieux appas.

Grande reyne, en faveur des lys Avec luy presque ensevelis, N’offencez point ses funerailles ; Pour l’avoir, à quoy le dessein De venir rompre des murailles Si vous l’avez dans vostre sein ?

Merveilleux changement du sort ! Ce grand roy, que devant sa mort Vous gaigniez avecques des larmes, Est-il si puissant aujourd’huy Qu’il vous faille employer des armes Pour avoir empire sur luy ?

Quoy que ce grand cœur genereux, Forcé d’un respect amoureux, Ait flechy devant vostre face, Il n’est point si fort abattu, Que son fils n’y trouve une place Où faire luyre sa vertu.

Nous croyons que ces revoltez, À nostre abord espouvantez, Se defendront mal à la breche ; Et qui fera comparaison De vingt canons contre une fleche, Dira que nous avons raison.