Versos French Théophile de Viau Sur une tempeste qui s’éleva comme il estoit prest de s’embarquer pour aller en Angleterre

French poem

Sur une tempeste qui s’éleva comme il estoit prest de s’embarquer pour aller en Angleterre

by (1590–1626)

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Parmy ces promenoirs sauvages J’oy bruire les vents et les flots, Attendant que les mattelots M’emportent hors de ces rivages. Icy les rochers blanchissans, Du choc des vagues gemissans. Herissent leurs masses cornues Contre la cholere des airs, Et presentent leurs testes nues À la menace des esclairs.

J’oy sans peur l’orage qui gronde, Et, fust-ce l’heure de ma mort, Je suis prest à quitter le port En dépit du ciel et de l’onde. Je meurs d’ennuy dans ce loisir : Car un impatient desir De revoir les pompes du Louvre Travaille tant mon souvenir, Que je brusle d’aller à Douvre, Tant j’ay haste d’en revenir.

Dieu de l’onde, un peu de silence ! Un Dieu faict mal de s’esmouvoir. Fais-moy paroistre ton pouvoir À corriger ta violence. Mais à quoi sert de te parler, Esclave du vent et de l’air, Monstre confus qui, de nature Vuide de rage et de pitié, Ne monstre que par advanture Ta hayne ny ton amitié ?

Nochers qui, par un long usage, Voyez les vagues sans effroy, Et qui cognoissez mieux que moy Leur bon et leur mauvais visage, Dictes-moy, ce ciel foudroyant, Ce flot de tempeste aboyant, Les flancs de ces montagnes grosses, Sont-ils mortels à nos vaisseaux ? Et sans aplanir tant de bosses Pourray-je bien courir les eaux ?

Allons, pilote, où la fortune Pousse mon genereux dessein ; Je porte un Dieu dedans le sein Mille fois plus grand que Neptune : Amour me force de partir. Et deust Thetis pour m’engloutir, Ouvrir mieux ses moittes entrailles, Cloris m’a sceu trop enflammer Pour craindre que mes funerailles Se puissent faire dans la mer.

O mon ange ! o ma destinée ! Qu’ay-je fait à cet element Qu’il tienne si cruellement Contre moy sa rage obstinée ? Ma Cloris, ouvre ici tes yeux, Tire un de tes regards aux cieux : Ils dissiperont leurs nuages, Et, pour l’amour de ta beauté, Neptune n’aura plus de rage Que pour punir sa cruauté.

Desja ces montagnes s’abaissent, Tous leurs sentiers sont aplanis, Et sur ces flots si bien unis Je voy des alcions qui naissent. Cloris, que ton pouvoir est grand ! La fureur de l’onde se rend À la faveur que tu m’as faicte. Que je vay passer doucement, Et que la peur de la tempeste Me donne peu de pensement !

L’ancre est levée, et le zephire, Avec un mouvement leger, Enfle la voile et faict nager Le lourd fardeau de la navire. Mais quoy ! le temps n’est plus si beau, La tourmente revient dans l’eau ! Dieux, que la mer est infidelle ! Chere Cloris, si ton amour N’avoit plus de constance qu’elle, Je mourrois avant mon retour.