French poem
Contre l’hiver
by Aristide Bruant (1851–1925)
Hélas ! oui, chère Séverine, Voici l’hiver et son ciel gris Et son froid noir. Ça vous chagrine, Ça vous fait penser qu’à Paris On va geler à la barrière, Lorsque des snobs indifférents S’en vont payer un bock de bière
Cinq francs ! Votre chronique me rappelle Quand j’étais au chemin de fer. Sur l’omnibus de la Chapelle Je fus glacé, tout un hiver Par la bise et par la froidure, Certes, j’eusse été mieux dessous, Mais pour entrer dans la voiture Il fallait dépenser six sous ! Plus tard je fis la chansonnette. Après, je fus cabaretier : Je chantai Pantin, la Villette, À Saint-Lazare. — Un dur métier ! Brailler, pendant la nuit entière, Devant des snobs indifférents, Pour leur vendre des bocks de bière
Cinq francs ! Or j’ai chaud… mais je me rappelle Combien de fois je fus gelé Sur l’omnibus de la Chapelle. Je ne puis donner un millé ; Mais je puis donner — avec joie — Vingt bocks de snobs indifférents. Séverine, je vous envoie
Cent francs. Novembre, 1896.