French poem
Dans la rue
by Aristide Bruant (1851–1925)
Moi, je n’sais pas si j’suis d’Grenelle, De Montmartre ou de la Chapelle, D’ici, d’ailleurs ou de là-bas ; Mais j’sais ben qu’la foule accourue, Un matin, m’a trouvé su’ l’tas Dans la rue.
Ya ben des chanc’s pour que mon père Il ay’ jamais connu ma mère Qu’a jamais connu mon daron, Mon daron qui doit l’avoir eue, Un soir de noc’, qu’il était rond. Dans la rue.
J’m’ai jamais connu d’aut’ famille Que la p’tit’ marmaill’ qui fourmille, Aussi quand ej’ m’ai marida, J’m’ai mis avec un’ petit’ grue Qui truquait, le soir, à dada, Dans la rue.
C’est ça qu’c’était ben mon affaire !… Mais un beau soir a s’a fait faire : Les mœurs l’ont fourrée au ballon. Et, depuis qu’alle est disparue, J’s’orgue à la paire et j’fais ballon Dans la rue.
À présent, où qu’vous voulez qu’j’aille ? Vous vouderiez-t’y que j’travaille ? J’pourrais pas… j’ai jamais appris… Va falloir que j’vole ou que j’tue… Hardi ! Joyeux ; pas vu… pas pris… Dans la rue.
Et pis zut ! et viv’nt les aminches ! Viv’nt les escarp’ et viv’nt les grinches !… Un jour faudra que j’passe aussi D’vant la foule encore accourue Pour voir ma gueule en raccourci, Dans la rue.