French poem
Xxiii
by de Meun Jean
Si respond l'Amant à rebours A Raison qui luy blasme Amours.
Quant j'oï ce chastiement, Je répondi iréement: Dame, ge vous veil moult prier Que me lessiez à chastier. Vous me dites que ge refraigne Mon cuer, qu'Amors ne le sorpreigne: Cuidies-vous donc qu'Amors consente Que je refraigne et que ge dente Le cuer qui est tretout siens quites? Ce ne puet estre que vous dites.
Combien leur existence jouent Qui la plupart au port échouent? Pourquoi mon conseil n'attendis Quand au Dieu d'Amours te rendis? C'est ton coeur, hélas! trop volage Qui subit ce fol esclavage; Vite folie on entreprend, Mais on en sort moult durement. Or, ce fatal amour oublie Dont tu vis, mais qui t'humilie, Car la démence va croissant Si contre elle on ne se défend. Ton frein avec courage broie, Dompte ce coeur qui te guerroie, Car son coeur qui trop souvent croit Toujours s'égare et se déçoit. Résiste donc sans défaillance Encontre ce que ton coeur pense.
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