Versos French Édouard Ducoté Agaclide

French poem

Agaclide

by (1870–1929)

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D’un pan de ton manteau, moraliste hypocondre, voile ta face devant ma tombe, et va plus loin cracher ton âcre bile. Ici gît l’heureux Agaclide.

J’ai cultivé la volupté avec amour ; son odeur embauma chaque heure de mes jours. Mon existence fut une fête incessante, fête de ma pensée et fête de mes sens ; le corps en joie tient la tête joyeuse. Tirant de toute chose tout le plaisir possible, j’offrais mon être aux caresses mystérieuses

de l’air, des parfums, des saveurs, des sons, de la lumière et de la brise. Mes yeux étaient pareils à des miroirs sensibles, mes mains touchaient avec ivresse, ma bouche aimait les mots et les baisers. Mais je gardais de la mesure avec sagesse, et je m’arrêtais sur le bord où de l’excès va naître le dégoût et où la volupté verse dans la débauche. Mon esprit jouissait tour à tour de toutes les idées ; les fruits mûrissent et mûrs ne tardent pas à se corrompre : de même il n’y a pas de certitude et c’est folie de s’attacher aux vérités qui demain seront des mensonges.

Léthé ! je me refuse à goûter de ton onde ! Je veux me souvenir des belles nuits terrestres où mes amis, rhéteurs, philosophes, poètes, formaient cercle à ma table, des roses sur le front ; tantôt nous nous bercions de sublimes cadences,

tantôt nous disputions sur l’immortalité, sur les Dieux et sur notre essence. Les coupes étaient pleines et les trépieds fumaient. Et tout autour de nous dansaient des esclaves nues sur la mélodie limpide des flûtes.