French poem
Bitinna
by Édouard Ducoté (1870–1929)
Je ne suis pas sortie du calme gynécée ; j’y ai vécu en partageant mes heures entre les soins de la demeure, mes écheveaux de laine et la maternité.
Dans le jardin sans horizon où un jet d’eau chantait au milieu du gazon, j’ai promené mes angoisses d’épouse qui ressent en ses flancs les premières secousses de l’inconnu qui sera son enfant. Mon époux soutenait ma taille en souriant.
Dans le jardin sans horizon clos d’une blanche galerie où tournaient le soleil et l’ombre, je suis restée longtemps assise en allaitant le nourrisson qui, jaloux de rester une part de mon sang. s’accrochait au sein de ses lèvres et de ses mains, avidement.
L’époux enrichissait mon lit de sa présence. Dans le jardin sans horizon j’ai vu mes beaux enfants jouer sur le gazon ; leurs rires et leurs cris résonnaient dans mon âme. Au doux abri de mon amour ils ont grandi.
Comme je fus heureuse entre les femmes, à l’image du père j’ai modelé mes fils et préparé mes filles, suivant leur destinée, à goûter après moi les joies du gynécée.