French poem
Le vieux saint
Dans notre église autrefois, il était un saint de bois : l’air bonasse et vénérable taillé dans un tronc d’érable, à coups de hache, il avait écouté plus d’un ave montant vers lui du pavé ; tout vermoulu, tout cassé, le Bon Dieu le connaissait bien et toujours l’exauçait. À vêpres quand s’allumaient les cierges qui tremblotaient, un peu gourmand, il humait le bon encens qui fumait
dans l’encensoir parfumé ; sur toute chose il aimait aux beaux soirs du mois de Mai les belles roses de Mai devant l’autel embaumé ; et quand Noël ramenait les petits bergers frisés, soëf, il amignottait Jésus le doux nouveau-né. Puis dans l’église fermée où les vitraux s’éteignaient, lentement il s’endormait priant pour nos trépassés le Bon Dieu qui l’exauçait !
Mais de Paris est venu, hideux comme un parvenu, tout neuf et peinturluré un saint de plâtre doré, un affreux saint qu’ils ont mis dans la niche où tu dormis, ô vieux saint mon vieil ami, et les sans-cœur ont brûlé en disant : Il est trop laid ! ton pauvre corps d’exilé.
Mais, vieux saint, je te promets que je ne prierai jamais l’intrus mais toujours à toi s’en iront mes vœux, à toi, père qui subis deux fois (saint de chair et saint de bois) le martyre pour la foi ; et quand je mourrai c’est toi qui porteras dans les cieux mon âme aux pieds du Bon Dieu…
mission de confiance, je l’ose dire.