Versos French Guillaume Amfrye de Chaulieu Au duc de Nevers, en 1680

French poem

Au duc de Nevers, en 1680

by (1639–1720)

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Excuse, grand Nevers, la lenteur de ma veine. L’hiver a glacé l’Hippocrène : Pégase ne peut plus marcher, Et la divine Melpomène En Lipare s’en va chercher Brontes pour le ferrer à glace ; Car tu croiras facilement Qu’on ne trouve que rarement Un maréchal sur le Parnasse, Où jamais d’artisan grossier De grimper n’auroit eu l’audace, Si, pour te plaire, près d’Horace, Apollon n’avoit donné place À Maître Adam ton menuisier. Grâce à cet heureux sacrifice Que d’un coq à propos tu fis, Nous avons toujours eu propice Le docte fils de Coronis : Cette peste, malgré sa rage, A respecté notre Adonis : Tu trouveras même embellis Tous les traits de son beau visage ; Car la nature, bonne et sage, A mêlé quelque rosé à des fagots de lis, Et par un si prudent mélange A fait, sans le secours du fard, D’un Vendôme un peu trop blafard, Un Vendôme plus beau qu’un ange. Sa santé revient à grands pas ; Et si la faim qui la devance Augmente ainsi qu’elle commence, Les halles n’y suffiront pas ; Et bien que chez toi l’abondance, Si familière en tes repas, Y fournisse cinquante plats Des mets les plus exquis de France, Tu verras ce prince glouton Rendre facilement croyable Tout ce que nous conte la fable Du famélique Érésichthon. Avec combien d’impatience Attendons-nous ce jour heureux Où de cet appétit fameux Tu souffriras l’expérience ! Et pour rendre encor plus pompeux L’éclat de si belle journée, Si tu veux qu’il ne manque rien, Et que ta cave soit ornée De Saint-Laurent et de Verdée, De Falerne et de Formien, Immole au Père Bromien De ton pauvre baron la victime empestée.