Versos French Guillaume Amfrye de Chaulieu Au duc de Nevers, sur des vers de Chapelle

French poem

Au duc de Nevers, sur des vers de Chapelle

by (1639–1720)

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J’ai vu, du paisible rivage, Enfoncer le fragile esquif Que Chapelle et d’age et d’if Avoit lesté pour son voyage. Mais par un vent superlatif Sa métaphore a fait naufrage ; Je l’ai laissé sauvant à nage Sur le rocher du Château-d’If Sa muse et tout son équipage. Moi, d’un style plus libertin, Et d’une verve moins prisée, Par la paresse autorisée, Sans m’en réveiller plus matin, Je vais griffonner ma pensée ; Car ce n’est pour moi chose aisée De mettre ainsi dans la prison D’une rime tant épuisée Le peu que tu sais de raison Que la nature m’a laissée. Si tu connoissois chaque jour Avec combien d’impatience Nous voyons que Phébus commence Et finit son oblique tour, Sans que ton aimable présence Vienne embellir notre séjour, Bientôt Vilpreux et Garancière Verraient tes vîtes postillons De leurs fertiles sillons Faire voler la poussière ; Tel qu’après les froids rigoureux Des hivers qui nous font la guerre, Tu quittes ce climat heureux Qu’habitèrent jadis les maîtres de la terre, Et, partant avec les zéphyrs Dont tu devances la vitesse, Tu ramènes la politesse Dans nos repas et nos plaisirs. Qui donc à Saint-Germain t’arrête ? Es-tu prié de quelque fête Que donne ce seigneur courtois Qui, toujours entouré d’anchois, Pendant sa podagre passée, D’un grand fromage polonois Faisoit une chaise percée, Mais que je voyois autrefois, Dans ces glaciales contrées, Donner un sage contrepoids Aux puissances hyperborées ; Lui, dont l’esprit plein de ressorts Forma les importants accords Entre le Turc et le Sarmate, Et dont la pacifique voix A fait pendre au croc les carquois, De l’Océan jusqu’à l’Euphrate.