Versos French Guillaume Amfrye de Chaulieu Les louanges de la vie champêtre, à Fontenay en 1707

French poem

Les louanges de la vie champêtre, à Fontenay en 1707

by (1639–1720)

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Désert, aimable solitude, Séjour du calme et de la paix, Asile où n’entrèrent jamais Le tumulte et l’inquiétude,

Quoi ! j’aurai tant de fois chanté Aux tendres accords de ma lyre Tout ce qu’on souffre sous l’empire De l’amour et de la beauté ;

Et, plein de la reconnoissance De tous les biens que tu m’as faits, Je laisserai dans le silence Tes agréments et tes bienfaits !

C’est toi qui me rends à moi-même ; Tu calmes mon cœur agité ; Et de ma seule oisiveté Tu me fais un bonheur extrême.

Parmi ces bois et ces hameaux, C’est là que je commence à vivre ; Et j’empêcherai de m’y suivre Le souvenir de tous mes maux.

Emplois, grandeurs tant désirées, J’ai connu vos illusions ; Je vis loin des préventions Qui forgent vos chaînes dorées.

La cour ne peut plus m’éblouir : Libre de son joug le plus rude, J’ignore ici la servitude De louer qui je dois haïr.

Fils des dieux, qui de flatteries Repaissez votre vanité, Apprenez que la vérité Ne s’entend que dans nos prairies.

Grotte d’où sort ce clair ruisseau, De mousse et de fleurs tapissée, N’entretiens jamais ma pensée Que du murmure de son eau.

Bannissons la flatteuse idée Des honneurs que m’avoient promis Mon savoir-faire et mes amis, Tous deux maintenant en fumée.

Je trouve ici tous les plaisirs D’une condition commune ; Avec l’état de ma fortune Je mets de niveau mes désirs.

Ah ! quelle riante peinture Chaque jour se montre à mes yeux Des trésors dont la main des dieux Se plaît d’enrichir la nature !

Quel plaisir de voir les troupeaux . Quand le midi brûle l’herbette, Rangés autour de la houlette, Chercher le frais sous ces ormeaux,

Puis sur le soir à nos musettes Ouïr répondre les coteaux, Et retentir tous nos hameaux De hautbois et de chansonnettes !

Mais, hélas ! ces paisibles jours Coulent avec trop de vitesse ; Mon indolence et ma paresse N’en peuvent suspendre le cours.

Déjà la vieillesse s’avance ; Et je verrai dans peu la mort Exécuter l’arrêt du sort, Qui m’y livre sans espérance.

Fontenay, lieu délicieux Où je vis d’abord la lumière, Bientôt au bout de ma carrière, Chez toi je joindrai mes aïeux.

Muses, qui dans ce lieu champêtre Avec soin me fîtes nourrir, Beaux arbres, qui m’avez vu naître, Bientôt vous me verrez mourir !

Cependant du frais de votre ombre Il faut sagement profiter, Sans regret, prêt à vous quitter Pour ce manoir terrible et sombre

Où de ces arbres dont exprès, Pour un doux et plus long usage, Mes mains ornèrent ce bocage, Nul ne me suivra qu’un cyprès.

Mais je vois revenir Lisette, Qui d’une coiffure de fleurs Avec son teint à leurs couleurs Fait une nuance parfaite.

Égayons ce reste de jours Que la bonté des dieux nous laisse; Parlons de plaisirs et d’amours : C’est le conseil de la sagesse.