French poem
I
by Gustave Kahn
Je t’aime de ta voix, de tes yeux, de tes seins et de ma vie à toi, toi dont les desseins sont d’aimer celui qui t’aime tant que peuvent passer les printemps loin de toi et ton sourire, sans que l’amant profondément que suis de ta beauté s’émeuve de rien d’autre que de ta tendresse toujours neuve.
Chérir est la fin des buts, chérir parce que l’on est dompté par la ligne, la ligne brève et longue équivalente aux cieux, la ligne à ravir ; or, je l’ai dans mes yeux, ce jeu des parfaites géométries ; à cela je crois, je ne crois à rien d’autre, car les idées ne sont que méchants hôtes qui se jouent en fallacieux signes et se tordent dans l’infini.
Donc vers ton parvis, je viens humble et soumis, et vers vos pieds dépose les guirlandes florales de mon cœur et de ma cervelle et de ma vie, et puis aussi je donne mon âme toute blanchie de la droiture de vos vœux, et les aveux que n’ai pu vous faire, car le verbe finit quand se joue l’âme pure, aux visions de paradis, et puis, sous vos lèvres expirent mes jalousies, votre fou se câline à votre joue et dit : « Mienne que j’aimerai par les foires de la vie, mienne qu’adorerai aux féeries que me jouent ses présences bénies, faites de ce cœur à vous l’Éden béni, car l’Éden, c’est d’être deux, amants et amis. »