French poem
IV
by Gustave Kahn
J’héberge en mon âme, ô mon âme, un hôte aux délices de sourires et de baisers, sur l’été de ma vie penché pour que mes voix et mes yeux viennent fêter un clair frisson de joie des étés. Je t’ai prise et conquise et te garderai.
J’ai mis à ton cortège les mages, les pèlerins et l’Hécate des nuits d’été. De pâles chevaliers muets au bord des routes tenaient les hampes des drapeaux vers le passage adoré, j’ai fait chanter les lieds, de pauvres filles, près de ta route, pour que ton sourire puisse consoler leurs doutes. Je t’ai prise et conquise et te garderai.
Et ne pouvant t’offrir qu’un maigre Occident mal paré de chansons, un Occident somnolent, je t’ai sacrée reine de l’Orient que je possède, large et pur et haut, crucifié de martyrs riants, joyaux de la Sulamite que j’ai. Je t’ai prise et conquise et te garderai.