Versos French John-Antoine Nau C’est un Village

French poem

C’est un Village

by (1860–1918)

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C’est un village blond et blanc derrière une falaise, Blond de soleil et blanc du crépi des maisons ; D’un blond pâlement lumineux, car c’est à peine Si les ors vagues des primevères apparaissent ; D’un blanc bleui par le rêve des horizons.

Une fraîcheur doucement inquiétante persiste Sous le ciel souriant comme l’azur d’un œil de fille ; Les ramilles des glycines sans fleurs ni feuilles Qui parent d’une poésie d’accueil les seuils Dont les claires peintures luisantes sourient, Tombent comme affligées d’une attente longue et triste.

Quelques fenêtres se fleurissent de visages Sainement roses de couseuses chantonnantes ; Les voix sont un peu mélancoliques et lentes, Les yeux distraits qui oublient un instant l’ouvrage Ont le trouble éclat de béryl des vagues proches Ou du plus proche étang qui s’endort à peine moins glauque Et tout le village se mélancolise d’attente.

Sur l’eau captive de l’étang où les nuées marines Mirent leur grèbe neigeux et leur nacre grise Ou chatoyante de prismatiques orients, Parfois un goéland chassé par la tourmente S’abat et glisse en la houle des flots moirés Où l’ouragan n’est plus qu’une rude caresse

Et les couseuses hantées de songes du large Se diront : « C’est le marin parti le plus loin, — Lequel ? — dont la pensée nostalgique revient Se baigner en le reflet blanc de son village. »

Mais comme la pensée d’une âme aventureuse Le goéland, bientôt las du calme, s’envole. Et le voici, déjà oublieux des « valleuses » bleues Qui semble guider vers les Indes fabuleuses De hauts navires blancs d’une brume de voiles.