Versos French John-Antoine Nau Fleurs des Rues

French poem

Fleurs des Rues

by (1860–1918)

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Mornes, empaquetées dans leurs loques jaunâtres, Elles vont par la rue déserte aux jardins frais, Les Mauresques, montrant leurs durs visages fauves, Vieux et pauvres, qui n’ont que faire du secret.

Elles vont, se traînant sans hâte, insoucieuses, Nulle pensée ne vit dans leurs yeux de vieil or Qui regardent très loin des choses disparues En un terne passé morose — et si bien mort !

Mais que, — fouettée de brise, — une grille fleurie Laisse neiger de maigres flocons de jasmins Qui sèment le ruisseau noir d’étoiles candides, Voici les yeux briller, voici les maigres mains,

Tremblantes d’une joie fiévreuse et puérile, Râcler la boue durcie, glaner d’un geste fou, Épousseter, lisser les fleurettes souillées, Les palper amoureusement de leurs doigts roux ;

Et je crois voir de pauvres vieilles courtisanes, De celles qu’un rôdeur ivre sait éconduire, Navrées de se survivre — et soudain exultantes Pour la blanche caresse d’un jeune sourire.