Versos French Joseph Lafon-Labatut Ii

French poem

Ii

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Jeanne était une paysanne Si fraîche sous son bavolet, Si pimpante, la pauvre Jeanne, Dans la serge qui l'habillait, Qu'en pour, madame la baronne Eût donné maint et maint joyau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Car, aux champs où Jeanne était née, Elle prit sa taille d'osier, L'air d'une aimable matinée, Un rossignol dans son gosier; Sa joue empruntait, vermillonne, Le ferme éclat du bigarreau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Comme une oronge elle était blonde; Son corps de grâce était pétri; Aussi légère qu'une aronde, Elle en avait le joli cri; Et blanche neige qui floconne La jalousait sur le plateau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Qu'elle se courbe en moissonneuse, Chantant dans le blé des guérets; Qu'elle se redresse en faneuse Derrière nos faucheurs distraits, Le sceptre qu'on ambitionne, C'est sa faucille ou son rateau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Finalement, dans la prairie, A la fontaine, aux sentiers verts, Partout, pleins de sorcellerie, Ses yeux vifs, de longs cils couverts, Tournaient la tête qui grisonne, Alanguissaient le pastoureau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Qu'il eût mieux valu, pour son âme, Brider ses fantasques humeurs, Vivre laide, exempte de blâme, Au sein de nos benoîtes mœurs, Se mesurer selon son aune, Et ne pas s'éprendre à vau-l'eau! Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.