French poem
Iv
Dans ce récit, que nous confirme Plus d'un respectable témoin, Jeanne, avec une aïeule infirme, Vivait, du village assez loin; Fruit mûr et bouton qui fleuronne Rarement ont même rameau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.
Éclipser toutes ses compagnes, Jeanne brûlait de ce désir. Ainsi qu'à la ville, aux campagnes, Gloriole nuit au plaisir; Gloriole, hélas! empoisonne Bal dans un Louvre ou sous l'ormeau! Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.
«--Mon enfant, murmurait l'aïeule, «En proie aux affres de la mort, «De me laisser malade et seule «N'aurait-tu pas quelque remord? «Mon ange gardien m'abandonne «Dès que tu quittes mon rideau.» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.
«Souviens-toi, ma douce Jeannette, «De tes parents en paradis; «Souviens-toi d'être fille honnête, «De mes soins prodigués jadis; «Qu'en mourant, ta mère si bonne «Me légua ton petit berceau.» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.
«Elle est mauvaise conseillère, «La vanité, ma chère enfant; «Ayons recours, par la prière, «A la Vierge qui nous défend; «Simplesse et vertu, de son trône «Descendront te faire un trousseau.» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.
«Fassent Jésus et ses apôtres, «Avec saint Joseph, l'artisan, «Et saint Roch, patron de nous autres, «Humble race du paysan, «Que Dieu le père nous guerdonne «En bénissant notre hoyau.» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.
«Ne m'abandonne pas; naguère, «Comme autrefois d'os et de chairs, «M'ont apparu dans leur suaire «Nos pauvres défunts les plus chers; «Et leur main pleine d'argémone «Me montrait un soleil nouveau.» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.
Jeanne obéit, non sans blasphême, Non sans se dire entre les dents: «--Fut-ce avec le diable lui-même, «Je danserai là-bas, dedans «Cette masure qui rayonne, «Où ricane le chalumeau!» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.