Versos French Joseph Lafon-Labatut Vi

French poem

Vi

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Parmi la tourbe réjouie, Tous deux s'offrent:--«Qu'est celui-ci, «Se disait plus d'une ébahie, «Que Jeanne nous amène ici? «D'un duc porte-t-il la couronne? «Est-ce un écuyer du château?» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Et plus d'une, par convoitise, Furtive, lui jette un regard; Et plus d'une qu'envie attise, De Jeanne chuchotte à l'écart. «--Ah! dit une vieille matronne, «C'est un loup qui guette un agneau!» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

A quoi sert que le berger compte Toutes les têtes du bétail? L'affreux ravisseur n'a pas honte D'entrer choisir dans le bercail. Tant bien qu'on se précautionne, Le diable happe son morceau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Elle n'entendait rien: la folle, Déjà prompte à tout oublier, Glorieuse, pirouette et vole, Enlacée à son cavalier; Vous croiriez que son pied festonne, Narguant l'aiguille et le pinceau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Elle n'entendait rien! l'abeille Ainsi voltige autour des fleurs, Aux rayons d'avril s'ensoleille, Et se perd entre leurs couleurs; Tel, le papillon vagabonde De la pervenche à l'arbrisseau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

C'était à fermer les paupières A chaque fois que flamboyait L'éclair des perles et des pierres Qu'en fringuant elle renvoyait; Et tandis qu'elle s'évaltonne Flotte le magique oripeau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Jeannille, la grosse meunière, Feint un grand malaise, et s'assied; Mion, l'alerte jardinière, Se reproche une entorse au pied; La dame du syndic chiffonne D'ennui son tablier ponceau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Les jeunes bouviers de la plaine, Dont le chapeau porte un ruban, Ceux d'Audrix et de Lanceplène, De Bigarroque et de Cabans, Sont fâchés que la compagnonne Leur préfère ce damoiseau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Le ménétrier du village, Fin goguenard, ils le sont tous, Rit au superbe personnage Qui change en ducats ses gros sous; D'un clin d'œil oblique il coïonne Mion, Jeannille et l'Isabeau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Il connaissait toutes les gammes; Maître tailleur de son métier, Il habillait hommes et femmes, Et, d'après maint cabaretier, Estimait le jus de la tonne Plus doux, ma foi, que le pruneau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Afin de mouiller sa musette, C'était là son dire, il fallait Qu'à son côté toujours fut prête Sa pinte avec son gobelet: Cours, ma musette biberonne, En bourrée, ou vire en rondeau! Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Sur ce toit qui flamboie et grouille, Au milieu du calme lointain, La lune qu'un nuage souille, Jette un rayon louche, et s'éteint: Ainsi, craintive et pâle nonne Épie entre un double barreau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.