Versos French Joseph Lafon-Labatut Xi

French poem

Xi

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Oh! combien la frayeur redouble, Quand chacun, encor tout transi, Se relève, et voit qu'en ce trouble Jeanne était disparue aussi! L'Ante-Christ, chacun le soupçonne, N'aura pas seul fait le très-saut. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Mais Jeanne était devant sa porte, Elle entre; et que voit-elle alors? L'aïeule, hélas! L'aïeule morte! Morte sans elle, et le cou tors! Le vieux calel de cuivre jaune Brille debout sur l'escabeau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Qui l'avait rallumé? mystère! Était-ce l'enfer? ou le ciel? Un éclair de la foudre austère? Les feux du brasier éternel, Afin que l'ingrate s'étonne De se sentir moins qu'un roseau? Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Jeanne, sous l'horreur qui la navre, Est prise d'un long tremblement Face à face avec ce cadavre Qui la regarde fixement; Quel regard! il la questionne; Sa mère est son premier bourreau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Elle tombe; et jusqu'à l'aurore, Dans un cauchemar infernal, Son noir danseur la fit encore Bondir en un cercle fatal. Il l'entraîne, au doigt il lui donne Un serpent en guise d'anneau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

«--Venez, dit-il, venez, madame, «Dans mon royaume de clinquant, «Vous aurez un voile de flamme, «Vos colliers seront un carcan; «C'est dans mes États qu'on façonne «Tout ce qui vous séduit là-haut.» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

«C'est moi qui fais dans les ripailles «D'un vin chanteur un vin brutal; «Dans le coffre des pince-mailles «Reluisent mes yeux de métal; «Entre cousins j'occasionne «Cent procès à tire-couteau.» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

«Du puissant j'endurcis l'audace, «J'inspire ma fourbe au cafard, «Mon envie au porte besace, «Et ma soif du sang au soudard; «Ma parure sans frein pomponne «Le péché, son frère jumeau.» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

«Vous trouvez la pente rapide? «Voyez, que de fleurs sous vos pas! «Ce lac d'un vitriol limpide «N'est qu'un miroir pour vos appas; «Ce bruit joyeux qui carillonne «Célèbre notre conjungo.--» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Du jour des cendres qui se lève, Or, c'était l'Ave Maria Que Jeanne écoutait dans son rêve; Après sur l'aïeule pria Plus dolente et plus monotone La cloche avec son lourd marteau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Un beau gars qui l'avait aimée, Au point d'en rester innocent, Voyant sa fenêtre fermée Si tard, lui chantait en passant: «--Dodo, l'enfant, ma folichonne, «S'endormira tantôt, dodo.--» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Aux brouillards de l'aube avancée Jeanne a rouvert ses yeux sanglants; Sa beauté s'était effacée; Ses longs cheveux étaient tout blancs; L'empreinte d'un baiser charbonne Son front d'un effroyable sceau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

La chaîne d'or, qui fut sa gloire, N'offre à son regard confondu Qu'un chanvre rèche et dérisoire, Bref, une corde de pendu. Tout Saint-Chamassy mentionne Ceci vrai comme le Credo. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Vous qui n'avez nulle vergogne De négliger vos vieux parents, Voyez un peu comme on se cogne A l'enfer aux feux dévorants. Vous dont l'âme aux faux biens s'adonne, Songez, songez à ce cadeau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Voilà donc, qu'il vous en souvienne, Où mène la fougue des sens! Certes, avant que ça me revienne, Ça vous passera, jeunes gens; Sous votre danse polissonne La coulpe vous creuse un caveau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Au carême, il faut qu'on le dise, Frappé d'un miracle si grand, Chacun devint pilier d'église; Chacun, quarante jours durant, Jeûna, plus maigre qu'une mone, A faire japper le boyau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Aussi, de ce bal détestable, Quand pour absoudre les témoins Pâques dressa sa sainte table, Tous furent prêts, une de moins, Une qu'en vain Pâques sermonne, Qu'attend en vain Quasimodo. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.