Versos French Joseph Lafon-Labatut X

French poem

X

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A ces signes trop manifestes, Qui n'eût reconnu Lucifer? Nul n'a de voix, nul n'a de gestes, Devant le prince de l'enfer; L'un dans un coin se pelotonne; L'autre n'ose crier: haro! Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Tandis que tout tremble et palpite, Pour chasser l'esprit décevant, Quelqu'un, le plus hardi, court vite Quérir monsieur le desservant. --Il arrive, il prie, il entonne Le psautier avec son bedeau.-- Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

A l'aspect du pieux ministre S'arrête l'archange cruel, La mine basse et l'air sinistre Qu'il prend la veille de Noël; Il attend que le ciel ordonne, Tel qu'un coupable à son poteau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

--«Par la puissance souveraine «Que je reçus des sacrements, «Rentre à jamais dans la gehenne, «Pierre des mille achoppements!» Fit trois fois le prêtre.--On bourdonne: «Amen, Amen,» dans le troupeau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Et, dès que sa tête maudite Du saint goupillon se mouilla, Aux yeux de la foule interdite Toute sa hideur s'étala; Le fer qui nous estramaçonne Moins effrayant sort du fourreau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Dragon de la Sainte-Écriture Qui fut Moloch, qui fut Baal, Les grincements de sa denture On fait reculer tout le bal: Pieds fourchus et barbe de faune, Il a les cornes du taureau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Ses mains sont des griffes crochues; Sa gueule remonte en croissant Vers ses deux oreilles velues, Et jusqu'à terre lui descend Une queue horrible et bouffonne Qu'il agite comme un fléau. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

En faux-bourdon, Satan s'informe D'un ton hypocrite et railleur: --«Comment faut-il, sous quelle forme, «Que je sorte d'ici, Seigneur? «Sera-ce en salpêtre qui tonne? «En coup de vent? en trombe d'eau?» Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

--«En vent! et que Dieu te confonde! «Vade retro!» dit le curé. A ces mots l'animal immonde, Une autre fois transfiguré, S'étend, se gonfle, se balonne: C'est un gigantesque crapaud. Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.

Il crève! et renversant la foule, Morne et muette de stupeur, S'échappe, et siffle, et gronde, et roule, Laissant une infecte vapeur; Son rire affreux au loin raisonne, Et répète: «Vade retro!», Si le diable n'était pas beau, Il n'eût jamais tenté personne.