Versos French Marie Krysinska Camaïeu

French poem

Camaïeu

by (1857–1908)

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Dans une chambre rose — et de soie rose habillée, Devant le bonheur du jour, en bois de rose — Madame Dubarry, en ses cheveux poudrés, Pique une rose.

— Par grâce, Comtesse, gardez cette pose ! S’écrie le bon peintre François Boucher Qui commence le portrait De l’insoucieux royal oiselet Rose.

Et pour obtenir chez l’auguste modèle Un peu de patiente immobilité Il conte des choses… Qui font à ses joues monter Un peu de rose.

— Sornettes que tout cela, mon cher peintre — dit-elle, Plutôt qu’écouter pareilles ritournelles J’aime mieux vous dire l’étrange rêve Que je fis Cette nuit :

J’étais sur une place Pleine de hurlante populace, Un spectre de machine, digne de l’Enfer, Dressait dans les airs Ses bras de menace ;

Des mains acharnées, De brutales mains M’entraînaient… Et soudain Un lourd couteau tombait sur mon cou délicat ! Le vilain rêve ! N’est-ce pas ?

— Hé ! je ne le trouve point Si vilain — Répondit le peintre — car votre joli Sang rouge au milieu De tout ce rose que voici, Cela devait être d’un beau coloris Et former un délicieux Camaïeu.