French poem
Balivernes
by Marie Krysinska (1857–1908)
Ah ! vous en avez une touche Lendemains de fête, lendemains d’amour Vous ressemblez à des Parapluies mouillés.
Lorsque votre nom était : Espoir Et que toute la comédie était Derrière le rideau Baissé Il fallait voir !
En faisiez-vous des boniments De charlatan Gesticulant et braillant Très haut.
À vous entendre il n’y avait pas mieux Depuis le sein des gouffres jusqu’à la voie lactée Que votre article vanté. Avec des accents astucieux.
Et maintenant vous voici démasqués Mauvais marchands d’illusions Qui vendez un ciel avarié Avec des étoiles en carton.
Encore des jours et puis des jours tous pareils À quoi bon, vraiment, ce chapelet gris, Si tout au moins d’enfiler Ces grains peu vermeils On risquait de gagner — Comme aux macarons — son paradis.
Mais non, on en devient plutôt mauvais, Comme une ourse On trouve que Dieu le père se moque de sa créature De ne point lui départir pour le bonheur, plus de ressources Et de la mettre devant l’Infini en si piètre posture.
Car enfin que votre cœur Saute de joie ainsi qu’un lièvre au pré Ou qu’il se fende de douleur, Tel un roc foudroyé Que vous naissiez ou que la mort vous emporte Aux yeux de l’Éternité Qu’importe !
À quoi sers-tu, longueur du temps, Patience mise aux abois ? Monotone déroulée de jours — comme des aunes de rubans Montrés par un obséquieux trafiquant Qui vend une marchandise de mauvais aloi.
Au bout de cette année ce sera Le repos et la joie Mais il faut prendre tout le métrage malheureusement Qui pèse lourd ; c’est du plomb et non pas de la soie Et puis au bout on est encore volé effrontément
Les buts atteints — c’est bien pire : — Comment ! Ce n’était donc que cela ! Ce serait aussi bête d’en pleurer que d’en rire Alors, quoi ?
Vous avouerez que c’est plutôt navrant Ce train d’existence, ressemblant À un manège, Été, Automne, Hiver, Printemps Et puis de nouveau : Été, Automne, Hiver.
Comme aux jours de notre enfance autrefois Lorsqu’on nous juchait sur des chevaux de bois Qui tournent toujours, On revoit Passer les mêmes têtes à chaque tour Arrêtées là pour regarder,
La nounou — telle une cloche — le trottin en beige Un petit soldat à l’œil écarquillé, La grosse dame, le môme mal peigné, Et le petit chien, tenu en laisse, blanc comme neige,
Et d’ainsi revoir les mêmes objets sans cesse Cela vous met l’estomac en détresse Ah ! qu’on le connaît Ton faciès rogue, ô décembre, En vain le Saint Enfant naît Tous les ans, dans ses humbles langes Pour essayer de rendre L’humain genre, fraternel et tendre.
Et toi, mai, Jeune libertin Qui promets Plus que tu ne tiens.
Non, ce qu’on les sait par cœur Vos ritournelles, Étés en fleurs Avec vos blés, débordant fleuve d’or Fleuve de lait vermeil généreux et doux Eh ! bien, cette fois encore Il n’y en aura pas pour tous.
Sous vos branches fécondes, sempiternel Automne Des Sans-Amour, des Sans-Foyer Plus tristes de votre joie qui sourit et rayonne Arroseront le sol de pleurs amers,
Et, de nouveau, les brumes renfrognées Et le vent radoteur Au strident tintamarre Désoleront les cœurs De leurs lamentos jamais apaisés Grattant, comme sur de vieilles guitares Sur nos rancœurs.