French poem
Ode anacréontique
by Maurice du Plessys (1864–1924)
Amour, inconsidérés sont tes jeux. Par quel caprice T’avisas-tu porter une main de malice Sur la rose, petit archerot, chère à Flore ? Et, sot, que ne vis-tu, veillante au fond, Mélisse Qui, garde ayant pour hallebarde un trait sonore, Sans plus d’égard à ton rang qu’à ton âge, Le planta dans ce doigt, l’effroi même des Dieux ! Amour, quels ne furent tes pleurs, ta rage ! Soufflant sur la plaie où tu répandis tous tes yeux, Tu te récrias à la douleur moins qu’à l’outrage. (Mais qu’au poing n’avais-tu le carreau sourcilleux !) Et pressé que payé te fût-il à gros compte, Large ouvrant ton jeune plumage, Je t’ai vu t’envoler, droit chez les Dieux, d’un’ prompte Aile, Petit archer ! pour en réfère à la tutelle De ta mère (pour lors absente d’Amathonte, Absente aussi de l’œil dont toute l’âme arse ai, Car je l’eusse, autrement, — quitte, en retour, percé — Requis de la vertu de sa douce prunelle, Et son seul beau regard eut ta plaie pansé). Donc, si grands furent tes cris et telle Blême, ta face au sourcil convulsé. Qu’à ta vue s’alla exclamante, inquiète, Vénus : « Qu’as-tu, mon enfant ? Que s’est-il passé À ton ennui ? Quelque méchant t’a-t-il blessé ? — Maman (répondis-tu, petit archer), maman, une bête, Une Titane m’a du foudre traversé ! Et c’est une que les gens d’Hymette Ont (que je crois) Mélisse baptisée. » La rassuré’ Vénus te dit alors, raillante : « Certes, Si de Mélissa chétive, la pointure Aux mêmes Dieux tellement pique acerbe, Juge comme aux mortels d’autant se sent plus dure La tienne quand va les perçant ! » Tu te tus, confus et rougissant, Petit Amour ! et tu t’en fus, le front baissant, Mais brûlant encor de l’injure ; Et je t’ai vu, hélas ! (bientôt sèches tes belles larmes) Aiguiser, altéré de représailles, tes armes, Pour, sur nos cœurs venger d’une arbalète sûre, Sur nos cœurs qui n’en peuvent mais de ce malconcours, Ta mésaventure, petit Amour !