Versos French Pamphile Le May La Non-intervention

French poem

La Non-intervention

by (1837–1918)

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Les gloutons partirent en guerre Contre les visons, Et l'on ne sut guère Pour quelles raisons. Comme nous quelquefois les bêtes Aiment à faire des conquêtes, Et tout prétexte est bon alors.

Peu rompus à la discipline, Les visons dont l'esprit incline A la paix au dedans à la paix au dehors, Eprouvèrent quelques défaites, Et, sur les entrefaites, Requirent l'aide du renard. Celui-ci répondit d'un ton fort goguenard:

—Je crois que le glouton, en effet, anticipe S'il a l'intention De réunir la faune en une nation; Mais je n'interviens pas à cause du principe De la non-intervention.

Les visons malheureux n'eurent pas plus de chance Auprès de maître loup. Ils furent dispersés; ce fut leur déchéance, Ce fut le dernier coup.

Le glouton orgueilleux se plut à donner suite A ses brillants projets: Il lui fallait d'autres sujets. Il traqua le renard, le prit ou mit en fuite Sans même, lui dire pourquoi. Et puis qu'aurait pu faire Un long discours en cette affaire? Chacun, d'après la grande loi, Ne doit-il pas demeurer coi Pendant qu'on immole son frère?

Les loups eurent leur tour aussi, Mais leur perte fut bien légère, Car les méchants entre eux ne sont pas sans merci.

Ne pas intervenir quand le puissant accable Le faible qui s'épuise en un pénible effort, C'est au lieu de l'amour admettre l'implacable, Au lieu du plus loyal acclamer le plus fort.