Versos French Pamphile Le May La Nouvelle Année

French poem

La Nouvelle Année

by (1837–1918)

Listen in the reader

Salut! à toi, riante aurore D'un nouvel an qui vient d'éclore A la parole du Seigneur! Tout sourit à ton arrivée! La plainte meurt inachevée Sur les lèvres de la douleur.

Qu'apportes-tu, nouvelle année? Viens-tu de roses couronnée Comme la Vierge des amours? Ta main tient-elle le calice, Ou bien la coupe de délice Où devront s'abreuver nos jours?

Viens-tu, de mille appâts suivie, Donner à notre pauvre vie De nouvelles illusions? Ou viens-tu comme un léger rêve, Qui nous enivre, et qui s'achève En amères déceptions?

Au pauvre enfant pur comme un ange Dont le bonheur est sans mélange D'amertume ni de regrets; Qui rit aux baisers de sa mère, Murmure le nom de son père, Apportes-tu de beaux jouets?

As-tu, pour la folle jeunesse, Une coupe pleine d'ivresse, Pleine d'espérance et d'amours? As-tu quelque limpide étoile Pour l'éclairer? Un large voile Pour jeter sur ses mauvais jours?

Ou, sur ton aile diaphane, Pour le jeune coeur qui se fane Au souffle de l'iniquité, As-tu quelques rayons de grâce, Un souvenir que rien n'efface Du droit chemin qu'il a quitté?

As-tu quelque douce espérance, Quelque baume pour la souffrance, De tout malheureux qui périt? Un appui pour la pauvre veuve? Pour l'orpheline qui s'abreuve De pleurs aujourd'hui que tout rit?

Viens-tu, comme un nuage sombre Dont on regarde flotter l'ombre Sur les champs émaillés de fleurs, Nous apporter ces longs orages Qui sèment au loin leurs ravages, Sillonnent et brisent nos coeurs?

Viens-tu tracer un nouveau ride Sur le front pensif et livide De l'homme qui vit malheureux? Briser la main qui le protège, Et mêler des rayons de neige, A l'ébène de ses cheveux?

Pour voguer avec nous sur l'onde, L'onde inconstante de ce monde, Parmi les écueils furieux, Viens-tu redonner à notre âme Un ami, ce divin dictame Qui se cueille au jardin des cieux?

Hélas! Nos rapides années Ressemblent aux feuilles fanées Que les vents roulent au vallon! On les cueillit pour une fête, On en couronna notre tête, Puis on les foula du talon.

Pourquoi cette gaîté si vive Quand la nouvelle année arrive Et nous éloigne du berceau? Sommes-nous las de cette vie? Regardons-nous avec envie Ceux qui dorment dans le tombeau?

Non! Non! faibles enfants des hommes, Ces pensers, comme des fantômes, Troubleraient nos esprits peureux! Non! Non! il est si doux de vivre Quand l'espérance nous enivre, Même quand on est malheureux!

Chaque nouvel an nous enchante, Comme l'oeil d'une vierge aimante, Comme le soupir de son coeur. Nous tressaillons quand il se lève, Car nous avons cru, dans un rêve, Qu'il nous apportait le bonheur!

Bonheur!... illusion futile! Songe trompeur! ombre fragile Qui fuit quand on croit la tenir! Hélas! l'attendrons-nous sans cesse Du temps qui passe avec vitesse, Qui passe et ne peut revenir!