French poem
La Pie et le Canard
by Pamphile Le May (1837–1918)
La pie est voleuse Autant que parleuse; Deux défauts fort vilains Que parmi les humais De place en place encore On trouve quelquefois, Mais que bientôt je crois, Du couchant à l'aurore L'on ne trouvera plus Si nos livres sont lus.
Donc une pie, Une impie, Ne trouvant pas assez moelleux, Pour ses petits encor frileux, Son nid de mousse et de brins d'herbe, Profita de l'éloignement D'un canard logé richement Pour entrer dans son nid superbe Et lui voler son chaud duvet. Le canard qui savait Ce que vaut une plume, Dans son coeur rempli d'amertume Assez longuement réfléchit; Puis il se dit:
—La pie a la griffe légère: Donc elle n'est pas étrangère A ce larcin qui l'enrichit. Faisons arrêter la pillarde. Et, comme elle est fort babillarde, Et que les siens jasent aussi Beaucoup trop d'ordinaire, Je saurai bien ainsi Le fond de cette affaire.
Il fit comme il disait, rien de plus, rien de moins Il appela comme témoins Devant une court haut prisée Tous les petits de l'accusée Et les interrogea tour à tour longuement. Mais, à sa grande surprise, Ils surent éviter alors toute méprise En se taisant obstinément, Et lui, fort bon de sa nature, Et lui se consola de sa déconfiture En répétant ces mots que nous vous confirmons:
Il est dur de parler—même s'il faut instruire— Quand nos paroles doivent nuire A ceux que nous aimons.