French poem
La Petite Mendiante
by Pamphile Le May (1837–1918)
Louise avait quinze ans. Sa lèvre était pâlie, Et dans son jeune coeur l'amertume régnait; Et dans ses grands yeux bleus pleins de mélancolie, Comme dans un miroir, son âme se peignait.
Sa taille était légère ainsi qu'un tendre saule, Ses cheveux ondoyants, son air doux et rêveur; Une écharpe de lin cachait mal son épaule, Et déjà ses pieds nus méprisaient la douleur.
Elle allait mendiant: et pieuse et naïve, Quand au seuil d'un heureux un refus l'accueillait, Etouffant sa douleur elle chantait, plaintive, Ces douloureux refrains que l'écho recueillait:
«Sous ma misère je succombe! J'ai faim et ma voix faible tombe!... J'aurai pour asile demain La tombe...... Oh! donnez un morceau de pain..... J'ai faim!
Je connus un jour l'opulence, Et je secourus l'indigence; Jamais je fis au malheureux D'offense, Et j'invoquai souvent pour eux Les cieux,
Dans son nid, parmi le feuillage, Le jeune oiseau gaiement ramage Pour se nourrir il a le grain Sauvage, Et moi je demande du pain En vain!
Dieu garde la fleur éphémère: En sa grande bonté j'espère: Il est toujours de l'orphelin Le père, Et dans le ciel à son chagrin Met fin!»
Un jour des plus affreux que l'hiver nous apporte Elle chantait au seuil d'un avare cruel; Le riche, en blasphémant, lui refusa sa porte, Mais alors le bon Dieu la fit entrer au ciel.