French poem
Le Glouton et L'écureuil
by Pamphile Le May (1837–1918)
Un glouton affamé,—comme sont, d'ordinaire, Ces malotrus Qui s'occupent fort peu de notre art culinaire Et nous mangent tout crus,— Un glouton qui passait sous un noyer superbe, Le nez bas, en sournois, Aperçut une noix Dans l'herbe. La broyer sous ses crocs aussi durs que le fer Fut l'affaire d'une seconde:
—Pouah! fit-il aussitôt, rouvrant sa gueule immonde, Que ce fruit est amer!
Un petit écureuil à la mine friponne Qui d'une branche à l'autre allait d'un bond léger Lui dit alors:
—La noix est bonne, Mais il faut savoir la manger.
Que d'appétits grossiers, par leur ardeur brutale, Gâtent tout leur bonheur! Combien ne cherchent pas sous sa rugueuse écale L'amande pleine de saveur!