Versos French Pamphile Le May Le Hibou Devenu Juge

French poem

Le Hibou Devenu Juge

by (1837–1918)

Listen in the reader

Un hibou de nos bois, aux jours de sa jeunesse,— D'aucuns disent, pourtant, que c'est dans l'âge mûr,— Avait vendu son droit d'aînesse,— Le fait est sûr,— Pour un plat de lentilles Sous forme de chapons Et d'autres pièces bien gentilles, Or, comme les fripons Ne sont pas fort souvent punis en ce bas monde, Et qu'ils arrivent même à tenir le haut rang, Notre hibou, servi par sa morgue profonde, Chez les siens, pas ailleurs, arriva sur le banc Des juges. Pour quelqu'un qui craignait le banc des accusés C'était bien, n'est-ce pas, le plus sûr des refuges.

Jamais ses jugements ne furent révisés, Il faut au moins le reconnaître. Pourquoi? Je ne saurais le dire. C'est peut-être Qu'ils étaient sans appel, comme le beau fatras De quelques uns de nos feux magistrats. Cependant bien souvent il excusa des crimes Comme on excuse un tout petit péché; Mais plus souvent encore—il fallait des victimes De pauvres innocents eurent le cou tranché.

Un juge corrompu—ce n'est pas introuvable— Discerne mal la vérité, C'est la morale de ma fable Dans toute sa sincérité.