Versos French Pamphile Le May Le Jeune Renard et le Loup

French poem

Le Jeune Renard et le Loup

by (1837–1918)

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Un loup de belle taille Et de grand appétit, Un bon matin, partit Pour faire ripaille; Mais, par un fâcheux accident Et malgré sa longue tournée, Il ne trouva de la journée Rien à se mettre sous la dent. Il s'en allait, baissant la tête, Clopin-clopant et l'oeil hagard, Quand il aperçut un renard A l'air légèrement honnête. L'accoster poliment Fut l'affaire d'un moment:

—Si vous vouliez, brave confrère, On irait de société Pour manger à satiété Et même faire bonne chère. Je suis fort et vous êtes fin; L'on aurait vraiment peu de chance Si, ne pouvant faire bombance, L'on n'apaisait du moins la faim.

—Mon frère, votre idée est bonne: Je signe avec vous un traité, Et vive la fraternité! Mais, pour que le succès couronne Sans plus tarder notre projet, Partons; vous n'aurez pas sujet De regretter votre démarche.

—Depuis le matin que je marche J'ai déjà fait plus d'un bon coup, Reprit le loup.

—On a, là-bas, cueilli des pommes, Il doit en rester sur le sol: C'est le temps où rentrent les hommes... Des pommes, c'est toujours un vol; Allons, ne manquons pas d'en prendre, Dit le renard.

—O mon mignon, Nous sommes faits pour nous comprendre! Dit le loup à son compagnon.

Ils se mirent tous deux en route, N'ayant sur leur succès nul doute. Ils ne trouvèrent pourtant rien, Rien qu'une pomme au fond de l'herbe, Mais elle était vraiment superbe Et valait bien Deux ou trois pommes ordinaires. C'est le renard qui la trouva.

—Donne! lui dit le loup, on va La manger sans préliminaires.

Le renard aurait bien voulu Garder pour lui la faible aubaine, Mais de son compère goulu Il redoutait la haine.

—La voici, fit-il humblement, Partage bien également.

—Tu doutes de moi ce me semble? Reprit le loup avec hauteur. Je ne suis point un ergoteur Et nous partagerons ensemble D'après une équitable loi. Cette pomme sera pour moi, Et toi tu prendras la deuxième. Le marché n'est point hasardeux, Et je suis la justice même.

—Mais si l'on n'en trouve pas deux?

—Alors tu mangeras les restes De celle-ci.

—Bah! les pommes d'ici, Dit le renard sont indigestes, Et je m'en vais ailleurs Chercher des fruits meilleurs.

Dans toute affaire où l'on n'apporte La plus sincère honnêteté, Le plus fort fait toujours en sorte D'amener tout de son côté.