French poem
Le Jardinier et le Serpent
by Pamphile Le May (1837–1918)
Une autre fable encor sur un semblable thème. Il s'agit, cette fois, D'un joueur de hautbois Et d'un serpent. C'est le même système, Mais ce n'est ni la même fin, Ni la même morale; Vous allez voir enfin.
Un serpent venimeux, déroulant sa spirale, S'approche doucement d'un pauvre jardinier Qui bêchait ses carrés en rêvant de musique. Le jardinier le voit et devient héroïque, Tout comme le poète au fabliau dernier. Il prend son instrument et le porte à sa bouche. En entendant tomber des cascades d'accords Le reptile farouche S'arrête et ferme l'oeil. Le joueur dit alors:
—Rien ne m'empêche, Dieu merci! De reprendre ma bêche Et de travailler sans souci.
Et de fait il reprit l'ouvrage, Mais avec bien plus de courage Que de prudence, assurément, Car il fut aussitôt mordu sévèrement.
Fuyez le-méchant: sa présence Est toujours un danger. Lorsque votre vertu le condamne au silence Il ne sommeille pas, il songe à se venger.