French poem
Les Statues
by Paul Avenel (1823–1902)
Que j’aime à voir élever des statues Aux hommes d’État de l’Empire, En les voyant on peut se dire : Que c’est comme un bouquet de fleurs ! Que c’est comme un bouquet de fleurs !
Peuple français, sous le second Empire, Tu ne connus jamais la liberté ; Si, cependant, tout va de mal en pire, C’est pour ton bien et ta félicité. Que j’aime etc.
À son neveu ne faisons pas de peine, Par les Anglais l’oncle fut isolé ; On le porta sans bruit à Sainte-Hélène, Ce grand héros… ne l’avait pas volé Que j’aime, etc.
Quand un tribun lâche la République Pour s’enrichir sous les Napoléons, C’est qu’il descend de Brutus le stoïque, De père en fils, par les caméléons. Que j’aime, etc.
Toi, Béranger, l’ami du populaire, Si tu chantas l’homme anti-liberté : C’est qu’Austerlitz t’aveuglait sur brumaire, Et tu croyais à sa capacité. Que j’aime, etc.
Dupin, Morny, Billault ont des statues, Haussmann aura la sienne après décès ; Il consigna l’histoire aux coins des rues, Avec le soin d’un Plutarque français. Que j’aime, etc.
Mais je sais bien, c’est ce qui me chagrine, Que Sainte-Beuve et Baudin n’auront pas Leurs traits en pied fondus dans une usine Pour honorer leur vie et leur trépas.
Que j’aime à voir élever des statues Aux hommes d’État de l’Empire ; En les voyant on peut se dire : Que c’est comme un bouquet de fleurs ! Que c’est, comme un bouquet de fleurs !