French poem
Libre-pensée
by Paul Avenel (1823–1902)
Air : Aussitôt que la lumière. Aussitôt que la lumière Frappe mon œil matinal, Je commence ma carrière Par dévorer mon journal ; Si je vois la politique Prendre un ténébreux chemin : Je mets tout en république Pour le bien du genre humain.
Vous comprenez que je prône Franchement la liberté ; Car je vois sur plus d’un trône Une triste majesté. On a chassé les Jésuites, Mais Escobar n’est pas mort, Malgré toutes nos poursuites, En France il gouverne encor.
On nous a dit que le pape Était jadis libéral, Mais il paraît que la chape En fit un bon cardinal ; Depuis qu’il a la tiare, On a tant versé de sang, Qu’il en traverse une mare Pour monter au Vatican
On promet le libre-échange Et d’abolir les octrois, C’est pour nous donner le change Qu’on nous promet tant, je crois ; Car, où règne la misère, Les soldats et les cagots, Il ne faut pas qu’on espère Un dégrèvement d’impôts.
Quand le peuple saura lire, Certe, on ne trouvera pas, Comme aujourd’hui, pour l’empire, Des mouchards et des soldats ; Endormi par l’ignorance, Il n’a pas de volonté ; Lui, qui serait maître en France, S’il voulait la liberté.
Mais, un jour, la République Reviendra front haut, bras nus, Pour anéantir la clique Des vendeurs et des vendus ; Si je meurs dans la tempête, Ô peuple, écris de ta main : « Ci-gît un pauvre poëte, « Mort en bon républicain. »