French poem
Les Funérailles de Victor Noir
by Paul Avenel (1823–1902)
Nous étions là, cent mille, ô spectacle sublime ! Maudissant l’assassin et pleurant la victime. Le nom de Victor Noir emplissait tous les cœurs ! On se serrait la main, aveuglé par les pleurs. Un ciel gris, morne et froid, comme un grand linceul sombre, Sur le peuple éploré laissait tomber son ombre, Nous étions là cent mille, étouffant nos sanglots, Prêts à mourir debout, devant les chassepots. Mais la mort attachée au service du trône, Eut un peu de pudeur — cela vraiment étonne ! Elle était consignée, elle ne parut pas ; Oui, mais dans la caserne elle était l’arme au bras Attendant et guettant !… Ah ! prends-y garde, empire, Dieu, hasard, peuple et sang, tout contre toi conspire !… Nous étions là, etc.
L’historien pâlit en écrivant l’histoire : Le pouvoir c’est la force, et la honte la gloire. Qui donc arrêtera tous ces exploits sanglants ? Et qui donc a tué cet enfant de vingt ans ? Mais c’est un Bonaparte — un véritable Corse, Qui prend pour la justice : et la haine et la force !… Nous étions là, etc.
Sa jeune fiancée accompagnait la bière Que le peuple portait lui-même au cimetière… Ô belle fiancée, où sont vos rêves d’or ? Camille, on a tué votre pauvre Victor ; En le frappant au cœur on a frappé la France ! Le peuple seul est grand, attendez la vengeance. Nous étions là, etc.
Le peuple est un lion qui rugit et menace, Il regarde, front haut, l’empire face à face. Il n’est plus cette brute à qui l’on passe au cou Le carcan de la peur en guise de licou. Il sait tout ce qu’il vaut sous sa mâle guenille, Il sait que son aïeul a rasé la Bastille ! Nous étions là, etc.