French poem
Les Diamants
by Paul Avenel (1823–1902)
Ah ! voyez ma folie entière, Moi, le fils d’un républicain, J’ai pris pour femme une héritière Du noble faubourg Saint-Germain, (bis) Que voulez-vous ? La belle Élvire Avait des yeux bleus si charmants !… (bis) Pour m’enrichir, je dois servir l’empire : Ma femme veut des diamants. (bis)
Comme avocat — pour sa famille J’avais eu quelques beaux succès — Et l’on me colloqua la fille Pour honoraires des procès. Je fus faible, je dois le dire, À l’endroit de mes sentiments… Pour m’enrichir, je dois servir l’empire : Ma femme veut des diamants.
J’ai forfait à la conscience Pour les doux caprices du cœur ; Mais sur mes habits d’ordonnance Je fais briller ma croix d’honneur. Parfois, je me prends à maudire Tous mes honneurs déshonorants… Pour m’enrichir, je dois servir l’empire : Ma femme veut des diamants.
On a remarqué ma souplesse Savante, en plein conseil d’État ; Enfin, de bassesse en bassesse, J’espère aller jusqu’au sénat. Alors — c’est le rêve d’Élvire ! — J’aurai part aux gros traitements, Pour m’enrichir, je dois servir l’empire : Ma femme veut des diamants.
Mon Élvire fut très-adroite, Elle eut pour moi des protecteurs Et dans la gauche et dans la droite, Ce sont, là, des appuis flatteurs. Même, je me suis laissé dire Qu’Élvire avait eu des amants… Il le fallait ! — Je dois servir l’empire : Ma femme veut des diamants.
Mais si le républicanisme Broyait l’empire et l’empereur, Et que plus tard, l’orléanisme Fut accueilli comme un sauveur : Je servirais, sans trop rien dire, La République et d’Orléans !… En attendant, je dois servir l’empire : Ma femme veut des diamants.
Les principes sont des bêtises Qu’il faut laisser aux puritains ; Trop de vertu font les sottises De nos fougueux républicains. C’est avec le même sourire Que je tourne aux gouvernements. En attendant, je dois servir l’empire : Ma femme veut des diamants.