Versos French Paul Harel Juin

French poem

Juin

by (1854–1927)

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Voici juin ; les bourgeons en pleurs Ont perdu leur effervescence ; Les boutons sont devenus fleurs, La sève est dans l’adolescence.

Tandis que le long du sentier L’aubépine sème ses roses, Les rosettes de l’églantier Ont l’air de lèvres demi-closes.

Et là-bas, au pied du coteau, Loin du vent qui brise et secoue, Sous la feuille, son vert manteau, La ponime hâtive se noue.

Les coqs ont l’air moins querelleur, Les moineaux francs sont moins espiègles, Et de petits épis en fleur Pendent à la barbe des seigles.

La perdrix ne se montre pas. Elle est sur son nid et n’en bouge ; Elle a mis tous ses œufs en tas Sous la robe du trèfle rouge.

Sur sa couvée où chaudement Elle étend et gonfle son aile, Elle songe probablement Aux fourmis qui pondent pour elle.

Le parfum seul ne suffit plus, La nature a fait sa toilette ; La fraise, le long des talus, A remplacé la violette.

Les agneaux sont devenus grands ; Bientôt on pourra les confondre, Quand ils passeront dans les rangs, Avec leurs mères qu’on va tondre.

Parfois les jours sont pluvieux, Parfois encor les nuits sont fraîches, Mais le soleil est radieux Et prodigue l’or de ses flèches.

On pressent la réalité Après la promesse donnée ; On voit venir, avec l’été, La virilité de l’année.

Tout au beau milieu du pâtis S’ouvre la ferme hospitalière, Avec son rustique appentis Et son pignon, vêtu de lierre.

Son chaume recèle un trésor Bien rare, même sous l’ardoise, De bons bras avec un cœur d’or : Avez-vous reconnu Françoise ?

Sans trop rêver à la saison Qui gerce ou bronze l’épiderme, Elle garde son horizon ; Françoise est servante à la ferme.

Au fond du plant, dans les poiriers, Chancelle une vieille chaumière, Maison de pauvres ouvriers : La maison des parents de Pierre.

Pierre est un garçon fort et doux, Qui dans l’août travaille à journées Et fait quelques petits allons Quand les moissons sont terminées.

Bien qu’il ne soit pas trop pressé, Pour Françoise il a le cœur tendre ; Il se déclara l’an passé, Mais Françoise le fait attendre.

Pierre prend le temps comme il vient, Sa tendresse semble endormie, Mais entre temps il se souvient Que Françoise est sa bonne amie.

La brume d’hiver l’engourdit, Le vent du printemps l’apprivoise. Le soleil de juin l’enhardit ; Dimanche il rencontra Françoise.

On était entre chien et loup ; Il lui dit, tâchant de sourire ; En finirons-nous avant l’août ? Françoise resta sans rien dire.

Un instant, puis sans embarras, Sans rougir ni faire la moue, Répondit : — Comme tu voudras. Pierre l’embrassa sur la joue.

Le cœur, en décembre fermé, S’ouvre en avril, s’il est précoce ; Parfois il se déclare en mai, Mais c’est en juin qu’on fait la noce !